Pere Chazotte Le Père Charles Chazottes est décédé le 15 février. Ses obsèques ont eu lieu le 17 février à 9h30 à Notre Dame des Tables. 

 Homélie du Père Alain Eck:

 Obsèques de Charles CHAZOTTES : 17 février 2016 Jn 3,1-17

Après réflexion avec des confrères qui ont connu Charles CHAZOTTES, il m’a semblé éclairant de lire le jour de ses obsèques ce passage relativement peu connu qui nous relate la rencontre nocturne entre Jésus et Nicodème.

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► Comme Nicodème, Charles était un « maître » non pas en Israël mais dans l’Eglise catholique. Il était docteur en théologie après avoir fait une thèse sur Grégoire le grand, pape de 59O à 604. Surtout comme Nicodème il cherchait à connaître ce qu’on peut appeler les « choses » de Dieu et tout autant les « choses » des hommes. Pratiquement jusqu’à la fin de sa vie, Charles était toujours avec un livre ou un journal à la main. Quand j’étais avec lui ici à Notre Dame des Tables il y a 40 ans, il disait souvent, en référence à Karl Barth grand théologien protestant, que le chrétien devait avoir dans une main la Bible, comme témoin de la Parole de Dieu, et dans l’autre le journal comme témoin du vécu des hommes.

Intellectuel, Charles était un homme en recherche. Il faisait pleinement sienne la parole de Nicodème dans notre page d’Evangile : « Comment cela peut-il se faire ? » et plus particulièrement encore son interrogation : « Comment un homme pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? » J’ai souvenir de l’avoir entendu dire que Dieu avait mal fait les choses en nous faisant naître tout petits avec les vagissements et les cris d’un enfant : « cela aurait été tellement plus simple si nous étions nés à 15-16 ans à l’orée de l’âge adulte déjà capables de prendre notre vie en main… ! ». Ce qui ne l’empêchait pas de s’attendrir devant le sourire et la candeur des bambins.
Comme Nicodème, comme nous tous, Charles a accueilli la Parole de Jésus : « le vent souffle où il veut ! » et plus déroutante encore : « à moins de naître de nouveau, de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu ». Et aujourd’hui dans la clarté de la lumière qui vient de Christ, il découvre pleinement, comme nous le découvrirons nous-aussi un jour, que notre soif de connaissance ne peut être pleinement désaltérée que si elle porte en elle la confiance d’un enfant vis-à-vis de son Père.
A la suite du Christ, petit enfant à Bethléem auprès de Marie et de Joseph…, à la suite du Christ plein de tendresse pour les enfants qu’il rencontrait sur sa route, nous invitant même à leur ressembler…, à la suite du Christ donnant sa vie sur la croix pour nous faire renaître avec Lui le jour de Pâques … , notre baptême – et en plus pour un prêtre notre ordination – nous ont fait entrer dans cette dynamique qui est source de joie pour une vie chrétienne, et même simplement humaine…, source de joie qui trouve sa plénitude et sa perfection en Dieu : « à moins de naître de nouveau (de naître d’en haut), nul ne peut voir le Royaume de Dieu »

► Homme en recherche dans sa foi, Charles, sous des aspects bourrus – qui d’entre nous n’a pas en mémoire ses cris avec des grands gestes des bras – était un homme généreux et attentionné, même s’il manquait parfois de discernement dans son appréciation du réel. Il était aussi un homme ouvert sur l’universel. Rien de sectaire en lui ! Grâce à un couple ami, il était allé plusieurs fois en Afrique du Nord ; il avait perçu très concrètement ce que pouvait être la présence de l’Eglise en pays musulman ; il avait été profondément marqué, comme nous tous, par la mort des moines de Thibérine. Il vibrait à tout cela !
Il vibrait aussi à toutes les questions que le monde de l’incroyance pose à l’Eglise d’aujourd’hui.
C’est pourquoi je suis sûr que Charles a souvent médité la révélation extraordinaire faite par Jésus à Nicodème à la fin du passage d’Evangile que nous venons de lire : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui ». Ce fut certainement bouleversant pour ce maître en Israël qu’était Nicodème d’entendre ce langage qui, certes était en filigrane dans toute la Bible hébraïque, mais qui là dans la bouche de Jésus prenait une tout autre dimension. Tout est dit là de la miséricorde de Dieu que nous célébrons cette année et dont « Jésus est le visage » pour reprendre une belle expression du pape François.
Dans l’émerveillement de la rencontre, mais aussi la crainte, celle de tout homme pécheur face à Dieu (pensons à Isaïe ou à Pierre dans les textes de l’avant dernier dimanche), tu découvres, Charles, la splendeur de ce vrai visage du Christ qui aime tous les hommes et veut le salut de tous, surtout les plus petits, les plus humbles, ceux dont personne ne parle.
Que cette conviction de foi soit aussi lumière pour nous qui restons ! Qu’elle nous aide à poursuivre la route !

En terminant, je voudrais vous lire un beau texte du pape Grégoire le Grand. Ainsi que je le disais en commençant, Charles avait fait sa thèse de théologie sur ce pape et à partir de ce travail il avait publié un petit livre aux éditions ouvrières qui, comme il le disait lui-même en introduction, voulait faire mentir le paradoxe que « ceux qui pensent n’agissent pas et ceux qui agissent ne pensent pas ». Ce passage choisi par lui, Charles l’avait intitulé : le paradoxe du salut


Il s'est fait chair,

pour faire de nous des possédés de l'Esprit


Il s'est abaissé par bonté

pour nous relever.


Il est sorti de chez 1ui

pour nous y introduire.


Il est apparu à nos yeux visiblement

pour nous montrer les choses invisibles.


Il a enduré les coups

pour nous guérir.


Il a supporté les outrages et les moqueries

pour nous délivrer de l'opprobre éternelle.


Il est mort

pour nous donner la vie.

AMEN