Après une lectio divina sur le combat de Jacob, c’est la question qu’a posé le SDIC (Service Diocésain de l’Initiation Chrétienne) à Mgr Carré lors de la journée diocésaine de formation des catéchistes et des accompagnateurs du catéchuménat le 5 octobre 2017 à Mèze. « Qu’est-ce-que rencontrer le Christ ? Quand quelqu’un dit « j’ai rencontré le Christ », comment discerne-t-on que c’est le Christ ? Où rencontrer le Christ ? Qu’est-ce que cela implique dans nos pratiques en catéchèse et en catéchuménat ? » des questions et une journée en lien direct avec l’Orientation Diocésaine promulguée en juin dernier à Pentecôte au Zénith, et sa 1ère dimension « Favoriser la rencontre avec le Christ ».


Favoriser une rencontre avec le Christ. Intervention de Mgr Pierre-Marie Carré  (vous pouvez aussi visionner l'intervention en cliquant ici)

Qu’est-ce que rencontrer le Christ ? Le récit du combat de Jacob, qui a été abordé en groupe en lectio divina, a fait ressortir que la rencontre de Dieu avait ses propres lois et étapes qu’évoquent ces mots : dépouillement, passage, combat, blessure, aurore, rencontre …

Cette rencontre n’est pas à imaginer sur le mode de nos rencontres humaines ; et pourtant, c’est une expérience réelle, qui nous touche.  Nous serons toujours pris entre ces deux aspects qu’il nous faut tenir : ce n’est pas comme ce dont nous avons l’expérience mais c’est pourtant bien réel.
Dans « La joie de l’Evangile », le Pape François écrit : « le véritable missionnaire, qui ne cesse jamais d’être disciple, sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire » (266). Cela est présenté comme un fait d’expérience.

Au paragraphe 3, on trouve cette phrase très significative : « J’invite chaque chrétien en quelque lieu ou situation où il se trouve à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ». Il ajoute pour ceux qui n’auraient pas fait cette expérience : « ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui. De le chercher chaque jour sans cesse » : le rencontrer, me laisser rencontrer par lui, le chercher. Quelle que soit notre situation, l’une ou l’autre de ces étapes nous concerne.

Dans la rencontre avec le Christ, il y a d’abord l’action de Dieu : c’est l’affaire de Dieu, de sa liberté ; il vient quand il le veut, à sa manière ; cette rencontre ne se commande pas. Le Nouveau Testament par exemple cite la conversion de saint Paul : c’est une expérience soudaine et totalement imprévisible.  Nous connaissons d’autres récits de conversions célèbres qui viennent bouleverser une vie. Mais ce n’est pas la manière habituelle d’agir de Dieu.
Le plus souvent les choses se passent dans un clair-obscur, on y voit plus ou moins, c’est le brouillard, ou l’aube qui commence à poindre, mais tout juste ! Il n’y a pas de lumière aveuglante. C’est là que notre action se manifeste davantage : est-ce que tu veux chercher Dieu ? Ou, qu’est-ce que tu cherches ? Dans ce sens, je ferai plusieurs fois référence à un texte de l’évangile de st Jean (1, 35-39) : il s’agit de la première rencontre de Jésus avec ses futurs disciples. « Jésus se retourna et demanda aux deux disciples qui le suivaient : « que cherchez-vous ? » C’est pourquoi le Pape a écrit : « prendre la décision de le chercher chaque jour sans cesse ». Si on ne cherche pas, il est peu probable que l’on trouve, peut-être que l’on sera trouvé par Dieu car il est libre …mais ce n’est pas certain.
Avant d’aller plus loin, n’oublions pas que Dieu nous dépasse de toute part Nous pouvons en parler avec nos propres mots, mais en même temps, il est au-delà de nos mots, il est au-delà de tout, il est sans limite. Nous ne pouvons pas mettre la main sur lui. Dans le récit du combat de Jacob, cela se passait de nuit et à l’aurore il a fallu que l’adversaire de Jacob, le Seigneur, disparaisse pour le protéger, parce que l’on ne peut pas voir Dieu et vivre.
Quand quelqu’un dit « j’ai rencontré le Christ », est-ce que l’on sait que c’est vrai ? Je reviendrai sur ce point plus loin, car la question, en fait, est celle d’un éveil spirituel : c’est ce que nous avons à aider à faire. Il ne s’agit pas simplement d’une connaissance, mais de la rencontre de quelqu’un que l’on ne voit pas de nos yeux, que l’on ne touche pas de nos mains, que l’on n’entend pas de nos oreilles ; quelqu’un qui est un être spirituel et qui s’adresse à nos sens spirituels. Voilà le défi ! Dans une société de consommation comme la nôtre, beaucoup de désirs spirituels sont éteints, parce que nous sommes trop occupés et envahis par une foule de soucis et de distractions. Comment un éveil spirituel est-il possible si tout est occupé, tout est envahi : smartphone, console de jeux, tant d’autres choses ? Notre société risque d’amener un oubli de l’âme ! En tant qu’aînés dans la foi, il nous faut travailler à ce que des conditions favorables soient créées pour que la Parole de Dieu soit accueillie.

Il y a des préalables à la rencontre du Christ.

Le premier est de ne pas rester dans le domaine des émotions, dans les images, dans le superficiel en définitive. Qu’est-ce qui a mis en route les adolescents et adultes qui demandent le baptême ou la confirmation ? Des circonstances de la vie leur ont fait se poser des questions fondamentales : la découverte d’aimer et d’être aimé ; mais aussi, le mal, la mort d’un proche ou un accident qui les a touchés, qui a amené une rupture dans leur vie.
L’éveil spirituel n’est pas facile. Il est aisé de faire apprendre des choses, qui seront de l’ordre d’une connaissance théorique qui ne bouleversera pas une existence. Mais il existe des évènements qui surviennent dans une vie, interpellent et éclairent autrement. Ils font accéder au domaine spirituel. Je sais que je suis aimé ou, si j’aime, que ce n’est pas seulement parce que j’ai de beaux yeux ou que je suis bien tournée, je pressens qu’il y a plus profond. L’expérience de donner la vie, d’être père ou mère par exemple, change énormément la vie et fait accéder à un autre monde inattendu.
Le deuxième, est d’apprendre à découvrir au fond de soi ce qu’on appelle la voix de la conscience, qui manifeste que tout n’est pas bon, que tout n’est pas bien et profitable. Elle fait comprendre qu’une parole donnée engage, qu’elle m’engage au-delà de ce qui me plaît : dire oui aujourd’hui et non demain. Cela c’est superficiel !
Dans la dernière étape de ces préalables enfin, il s’agit d’aider à faire comprendre que les bonnes choses qui arrivent ne me sont pas un dû, qu’elles sont du domaine de la gratuité. C’est un don qui m’est fait et, par là même, il devient possible de découvrir la gratitude, c’est-à-dire une attitude positive à l’égard de la vie. C’est comme cela que l’on peut trouver davantage Dieu en tout, parce que je sais dire merci et parce que je découvre que tout ne m’est pas dû : ni la vie, ni le soleil, ni l’amitié ou l’amour d’une famille …
C’est sur ce fond de préalables nécessaires que pourra se greffer une rencontre de Dieu, parce que la gratitude me fait découvrir que je suis dépendant : ce que je suis, je l’ai reçu. J’apprends alors à faire confiance : mon existence ne dépend pas que de moi.
Ces attitudes profondes sont de l’ordre de la préparation, parfois lointaine, qui touche des réalités humaines, psychologiques, morales peut-être. Ainsi, l’on n’est plus seulement tourné sur soi, on ne vit pas seulement à la surface des choses, mais on perçoit qu’il y a plus grand que soi. C’est un éveil aux réalités transcendantes, à Dieu en définitive.
Dans l’ordre des préalables, il y a encore le silence et l’écoute qui vont découler du recueillement, de l’attention. Se rendre attentif, c’est très difficile ! Nous savons que les jeunes aujourd’hui ne peuvent pas rester attentifs plus de quelques minutes, les adultes peut-être un peu plus, mais notre écoute est souvent flottante, on pense vite à autre chose. Etre attentif, se recueillir, rassembler ses idées, faire attention à un texte à une image, à un paysage, observer, tout cela suppose l’amour et la confiance qui sont un préalable à la prière. Du rassemblement de ce que je suis, vont découler le silence et l’écoute, en faisant attention à ce qui s’est passé dans la journée : qu’ai-je fait dans cette journée ? Il convient de porter attention aux évènements de la journée parce que c’est dans la vie quotidienne que Dieu se manifeste, que le Christ se fait sentir aussi. Il restera à écouter la Parole de Dieu et l’accueillir avec attention et respect.
Lorsque quelqu’un dit : « j’ai rencontré le Christ », comment sait-on que c’est vrai ? C’est vrai dans la mesure où cette personne va être transformée, c’est par là que passe le discernement. Il peut y avoir des critères subjectifs : la personne peut dire : « je me sens dans la paix, dans la joie » ; mais ce qui fait que cette expérience dont elle parle est certaine va se juger objectivement : est-ce que cette personne manifeste un amour des autres ? Ou bien, est-elle dans son monde, dans sa bulle ? Elle peut vivre une expérience spirituelle qui lui fait du bien, mais ce ne sera pas la rencontre du Christ qui entraîne plus loin, à un véritable amour des autres, selon ce qu’écrit st Jean : « celui qui dit qu’il aime Dieu, qu’il ne voit pas, et qui n’aime pas son frère qu’il voit est un menteur ! » Saint Jean est très net dans sa conclusion : la charité est un critère objectif ! Il reste encore à voir comment cela la conduit à une vie en Eglise, tout en mesurant bien que l’Eglise est marquée par le péché - nous sommes tous pécheurs - mais en même temps, s’il y a un conflit avec l’Eglise, cela montre que quelque chose n’est pas au point encore, car l’Eglise est le Corps du Christ !
Enfin, une véritable rencontre avec le Christ conduit au désir de mieux connaître la foi. Si j’aime, je désire mieux connaître celui que j’aime, celui que j’ai rencontré.

Rencontrer le Christ, c’est une expérience spirituelle, les deux mots sont importants. Une expérience d’abord, avec le double aspect : être touché, car c’est l’Autre qui vient vers moi, et en même temps, j’interprète cette expérience, je suis capable de parler de ce que j’ai perçu, ce n’est pas seulement de l’ordre du sentiment. Une expérience spirituelle, ce n’est pas uniquement se sentir bien, c’est être conduit plus loin, parce que le deuxième mot, l’adjectif « spirituel », est particulièrement important pour un chrétien. Il s’agit de la rencontre avec l’Esprit Saint, c’est dire que la vie de l’Esprit de Dieu se met en œuvre, elle transforme, elle touche, elle conduit à une manière d’agir.

Le terme spirituel est un terme très ambigu, on peut y mettre tout ce que l’on veut. Quand je parle de « vie spirituelle », j’entends par là une vie intérieure, une réalité qui permet de faire l’unité de ma vie : la rencontre du Christ qui va unifier, rassembler tout ce qui en moi est cloisonné ou dispersé. Qu’est-ce qui fait l’unité pour un chrétien ? Cela se résume en peu de mots : je suis enfant de Dieu. Dès lors je vis toute ma vie comme une vie reçue, dans une attitude de gratitude : la prière, les sacrements, les rencontres, les sentiments, les évènements de chaque jour, mais aussi une vie reçue, une vie donnée. Je reçois tout, ce qui me pousse à une attitude de louange.
La rencontre du Christ est une étape de plus que la seule rencontre avec Dieu. Dans beaucoup d’expériences de religions, on peut vivre une rencontre de Dieu. Toutes les religions font l’expérience de la prière. Il ne faut pas imaginer que d’emblée on croit au Dieu que nous a annoncé Jésus. On croit à une réalité qui peut être vague encore. Il faut aller plus loin, jusqu’à la rencontre du Christ.
Où rencontrer le Christ, en quel lieu, par quelles médiations ? Pour ma part, je privilégie la Parole de Dieu, tout en sachant que ce n’est pas la seule voie pour rencontrer le Christ : la vie quotidienne, les sacrements, la prière personnelle ou communautaire permettent aussi cette rencontre. Mais la Parole de Dieu est une voie privilégiée parce que Dieu, qui est invisible, nous parle à travers cette parole qui est mise par écrit. Les Ecritures lues dans la foi deviennent vivantes mais ce n’est pas donné sans une vraie recherche.
Depuis des siècles l’Eglise expérimente ce que l’on appelle la lectio divina, c’est-à-dire une lecture priante de la Parole de Dieu. En l’expérimentant, on apprend que la Parole de Dieu est vivante, qu’elle est énergique, qu’elle est efficace, qu’elle pénètre jusqu’au plus profond de l’âme (voir Hébreux 4, 12).
La lectio divina comporte habituellement trois étapes : je commence par lire le texte en me mettant en situation de prière, car à travers ce texte de la Parole, c’est Dieu qui me parle. Je fais cette lecture comme une lecture de croyant. Ensuite, je lis lentement, attentivement ce texte. Je le relis une deuxième fois, paisiblement. S’il y a des notes dans la Bible, je les consulte ; je me plonge dans ce texte puis je le laisse reposer un instant. C’est la première étape.
La deuxième étape, c’est ce qu’on appelle la méditation. Je réfléchis, je me demande ce que cela me dit. L’épisode du Bon Samaritain est précédé d’un échange avec le scribe (Luc, 10, 25) qui est éclairant. Le scribe interroge : « que faut-il faire pour avoir la vie éternelle ? » Jésus répond par des questions : « dans la Loi, qui a-t-il d’écrit ? » Première étape, savoir ce que dit le texte. Deuxième question que pose Jésus : « comment le lis-tu ? Le scribe répond et Jésus conclut : « tu as bien répondu, fais cela et tu auras la vie » : le mettre en pratique !
Nous en sommes à cette deuxième étape : comment est-ce que je lis ce texte et le comprends ; qu’est-ce que cela dit à ma foi ?  J’essaye de me l’approprier : est-ce c’est une bonne nouvelle pour moi tel que je suis aujourd’hui ?
En revenant au passage de Jacob que vous avez abordé, nous pouvons nous interroger : peut-être suis-je arrivé ce matin avec des blessures, avec des souffrances. Je peux les prendre comme un mal à supporter, mais je puis découvrir que Jacob est frappé à la hanche et remarquer que la hanche est l’endroit où l’on porte l’épée, c’est dire que de ce fait Jacob va être désarmé. Désormais il est faible. Moi aussi, est-ce que cette épreuve m’appelle à faire confiance, à ne plus compter que sur moi seul ? Comment ce texte est-il une bonne nouvelle pour moi ?
Dernière étape de la lectio divina : une prière dans laquelle je rends grâce à Dieu et lui présente ce que j’ai perçu comme tâches à faire « fais cela et tu vivras ». Si ce texte m’éclaire, qu’est-ce qu’il me conduit à faire, par rapport à telle situation que je vais rencontrer ?
Voilà donc une lecture priante de la Parole de Dieu. Evidemment, elle s’adresse plus aux adultes, mais je me souviens d’une expérience avec des groupes d’adolescents : le bibliodrame. La méthode est simple : prendre un récit, le lire une fois, puis le relire. Chacun est invité ensuite à choisir d’être un personnage ou un élément du récit, à le relire personnellement puis à exprimer ce qu’il ressent pour essayer de rentrer dans le texte de manière moins théorique, afin que le texte devienne parlant et permette de découvrir que c’est aussi son histoire aujourd’hui.

 

Qu’est-ce que cela peut impliquer pour nos pratiques en catéchèse et en catéchuménat ? Rencontrer le Christ, c’est dépasser une simple expérience religieuse, utile, mais initiale. Il faut essayer d’aller plus loin et de percevoir que la rencontre du Christ n’est pas seulement un moment qui me rend heureux, mais que j’entre dans une histoire où s’ouvre un chemin. Voyez les premiers disciples, au ch. 1 de st Jean. Dans une lecture priante je vois les personnages, avec leurs mouvements. Jésus passe, il marche, avant la rencontre avec Jésus, il s’est passé quelque chose. Après avoir vu les personnages, j’écoute ce qu’ils disent. Jean Baptiste parle, il dit : « voici l’Agneau de Dieu ». Jésus demande : « que cherchez-vous ? » Les disciples répondent : « où demeures-tu ? » Et Jésus répond : « venez et voyez ». Réentendre ces paroles, lentement, en me disant que c’est à moi qu’elles s’adressent. Qu’est-ce que je cherche ? Pouvoir le dire. Je demande : où demeures-tu ? Pour pouvoir le trouver. Dans l’évangile de st Jean il y aura plus tard des réponses. Jésus dira où il demeure : « qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ». Ou « celui qui veut être mon disciple gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui et nous ferons notre demeure en lui ». Il nous faut le chercher en nous.
Après les paroles, que font les disciples ? Ils suivent Jésus. Conclusion : ils y allèrent, ils virent et ils demeurèrent. C’est la vie chrétienne présentée avec ces verbes : suivre, chercher, venir vers Jésus, voir, demeurer. La rencontre qui est à faire, c’est participer à la vie du Christ, vivre de lui.
Dans la pédagogie d’initiation, on parle beaucoup des « aînés dans la foi ». Il est certain que nous serons d’autant plus à l’aise pour favoriser la rencontre avec le Christ que les catéchumènes ou les enfants catéchisés sont appelés à faire, que nous l’avons vécue, ou au moins que nous cherchons à la faire. Ce qui dépend de nous, c’est de chercher le Christ. Vous savez qu’au matin de Pâques, Jésus ne demande plus à Marie Madeleine : « que cherches-tu ? » ce qui est vague, mais « qui cherches-tu ? ».
Je souhaite que ces réflexions résonnent en vous et que votre expérience puisse en éclairer d’autres.

Mgr Carré

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