Dimanche 08 Novembre 2020 – Cathédrale Saint Pierre de Montpellier

 

Les nombreuses paraboles de l’Evangile prennent toujours appui sur des scènes de la vie quotidienne. Aujourd’hui, il est question de la venue d’un époux au milieu de la nuit.

La scène fait allusion à la célébration des mariages de l’époque. En effet, dans le déroulement de la fête, il était prévu qu’à la tombée de la nuit, l’époux accompagné de ses amis, se rende à la maison de la mariée, pour la conduire ensuite solennellement chez lui. Des jeunes filles composaient l’escorte d’honneur de l’épouse et prenaient part au cortège nuptial, puis au repas qui suivait. A l’annonce de l’arrivée de l’époux, elles se devaient donc d’être prêtes à sortir, munies de leur lampe à huile pour s’éclairer et donner de la solennité au cortège.

Quel est le sens de cette parabole pour nous aujourd’hui ?

L’Époux est le Seigneur Jésus et le temps d’attente de son arrivée est le temps qu’il nous donne avant sa venue finale. C’est un temps de veille, un temps où nous devons garder allumées les lampes de la foi, de l’espérance et de la charité. Le temps où il nous faut garder le cœur ouvert au bien, à la beauté et à la vérité.

Ce qui nous est demandé est d’être préparés à la rencontre avec Jésus. Cela signifie savoir aussi reconnaître les signes de sa présence, garder notre foi vivante, dans la prière notamment, être vigilants pour ne pas nous endormir, pour ne pas l’oublier, au risque de rester à la porte du Royaume à l’image des jeunes filles de la parabole, qualifiées d’imprévoyantes. Elles ont oublié de faire provision d’huile.

Comment comprendre cela ? Est-ce un simple oubli ou une négligence qui pourrait être pardonnable ? Saint Hilaire de Poitiers, au IV siècle, commente ce passage en disant : « Les folles sont des âmes qui, relâchées et négligentes, n’ont eu que le souci des choses présentes et qui, oublieuses des promesses de Dieu, n’ont pas poussé jusqu’à l’espoir de la Résurrection. »

Elles n’ont eu que le souci des choses présentes…Certes le souci des choses présentes est important, mais n’oublions pas qu’il est question ici de l’entrée dans le Royaume de Dieu et que par-delà la figure de ce monde, nous espérons et attendons le retour du Christ et notre rencontre avec Lui.

Le manque d’huile trahit la faiblesse de l’amour de nos vierges folles. A l’inverse, l’épreuve de l’attente a révélé l’ardeur de l’amour des vierges sages pour l’époux. Elles

se sont assoupies, mais leur cœur a veillé. La flamme de leur désir ne peut s’éteindre car elle ne cesse jamais d’être alimentée par l’huile de leur amour pour l’époux.

Si nous-mêmes, ne veillons pas sur nos provisions d’huile baptismale et ne les renouvelons pas par la réflexion, la prière, la méditation de la Parole de Dieu, nous risquons de laisser s’éteindre la lampe de notre amour de Dieu. Il est inutile de gémir sur la perte de sens dans un monde qui devient fou, si nous ne faisons rien pour entretenir la vitalité de notre propre foi.

Le début et le moteur de toute vie spirituelle sont le désir de Dieu, le désir d’être en sa présence. « Dieu, tu es mon Dieu, et je te cherche dès l’aube : mon a soif de toi ». Sans cette soif de Dieu, nous ne serons jamais que des âmes assoupies.

Pour que la flamme de notre désir d’être avec lui ne finisse pas par s’éteindre, il nous faut sans cesse demander à Dieu de l’alimenter par l’huile sainte de son propre amour, c’est-à-dire son Esprit Saint.

Nous ne pouvons aller à Dieu avec une réserve d’amour limitée comme nos vierges folles. Si intense et sincère que soit dans les premiers temps notre amour pour Dieu, celui-ci s’éteindra s’il n’est pas constamment alimenté par un amour supérieur et infini.

Dans les temps que nous traversons, où nous risquons de nous laisser saisir par la panique en voyant s’écrouler un univers de sécurité, notre sérénité et notre engagement au service de tous, est aussi notre manière de nous tenir prêts à reconnaître l’Époux qui vient.

Nous nous préparons à sa venue et nous le reconnaissons, quand nous laissons aussi la charité nous sortir de notre tranquillité pour nous mettre au service des plus pauvres de nos semblables.