Cathédrale Saint-Pierre, 1er avril 2021

 

Jésus, en ce jour du Jeudi Saint, au cours du repas de la Cène, prend le pain, le rompt, le donne à ses disciples en leur disant : « Prenez, mangez, ceci est mon corps ». Il fait de même avec la coupe de vin en disant : « Prenez et buvez, ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude ». Il ajoute, « Faites ceci en mémoire de moi ».

C’est pourquoi les chrétiens célèbrent la fraction du pain, comme le disent les Actes des Apôtres. Voilà pourquoi aussi la période du grand confinement, l’année dernière, a été si douloureuse car nous ne pouvions plus nous réunir pour répondre à la demande de Jésus.

En ce Jeudi Saint, je souhaite insister sur la place de la célébration de l’eucharistie pour nous, chrétiens. J’entends parfois dire : « la messe, c’est toujours la même chose » ; c’est vrai, si on en reste à un regard extérieur, mais tout change quand on perçoit ce qui se produit.

Tout d’abord, nous sommes unis à ce qu’a vécu le Christ Jésus. Le Jeudi Saint il annonce en gestes ce qui va se produire. Pourquoi séparer le corps et le sang ? Tout simplement parce que le Vendredi Saint Jésus va verser son sang dans sa passion et sur la croix. Les mots de la Cène le disent déjà, « mon corps livré pour vous », « mon sang versé pour vous ». Nous sommes associés à ce qui s’est produit une seule fois, mais que la célébration de l’eucharistie rend présent. Ainsi célébrer Jésus dans sa mort n’est plus rappeler un lointain évènement du passé, en effet, c’est aujourd’hui, c’est maintenant, à chaque messe qu’il se livre pour nous.

Quels sont les termes qui sont utilisés pour parler de l’attitude de Jésus ? Il rend grâces, il bénit. Ce sont ses attitudes en relation avec le Père du ciel. Jésus a été constamment animé par un seul désir : réaliser ce qui plaît à son Père. Il le fait comme un fils et nous invite à entrer dans cette même attitude spirituelle. Cela signifie apprendre à tout recevoir comme un don qui nous est fait, qui n’est pas pour nous seuls.

Avant tout, ce don qui nous est fait, nous le présentons à Dieu le Père ; c’est une offrande dont nous savons qu’elle lui conviendra parfaitement. Nous présentons le Christ à son Père dans les prières qui suivent la consécration. Plus encore, dans chacune des messes que nous célébrons, nous sommes appelés à nous offrir nous-mêmes et à rendre grâce pour tout ce qui nous a été donné et confié par le Seigneur.

La Cène se situe dans le cadre du repas pascal. Nous avons entendu les consignes du livre de l’Exode au sujet des rites à suivre pour ce repas qui se passe juste avant la sortie d’Egypte. Le Seigneur va passer au milieu de son peuple pour le libérer de l’esclavage et de sa détresse. De même, la célébration de la Cène se déroule juste avant que débute la Passion de Jésus où il va mourir pour nous libérer du poids du péché et nous ouvrir le chemin de la vie.

La célébration de l’eucharistie nous associe donc à cette grande œuvre de libération que le Christ ne cesse de réaliser. Il nous envoie vers les autres pour leur montrer un avenir d’espérance. 

† Mgr Pierre-Marie Carré
Archevêque de Montpellier