Cathédrale Saint-Pierre, 3 juillet 2022  – Messe d’action de grâce pour son épiscopat

Le passage d’Evangile que nous venons d’entendre commence par évoquer l’envoi en mission des 72 disciples de Jésus, passage qui est le plus souvent commenté. Mais nous trouvons également ce qui se produit quand ils reviennent de mission. Alors que ma mission épiscopale auprès de vous approche de son terme, il est bon de méditer ce texte.

Quels sont les sentiments des disciples au départ ? Vous allez me dire que ce passage d’Evangile n’évoque rien des sentiments des disciples, rien n’est rapporté sinon les paroles de Jésus. C’est vrai. Dans ce cas, il est nécessaire de rappeler le contexte : je vous renvoie à l’Evangile de dimanche dernier (il montrait combien les disciples de Jésus étaient loin de ce qu’Il leur demandait : Jacques et Jean voulaient que le feu du ciel tombe sur un village qui n’acceptait pas de lui donner l’hospitalité). Jésus les invite à une attitude qui soit respectueuse des personnes telles quelles sont. Si nous sommes chrétiens et disciples du Seigneur, c’est du fait de son choix et non à cause de nos talents. C’est bien humblement que je dis ce passage de l’une des prières eucharistiques « nous te rendons grâces car tu nous as estimés dignes de nous tenir devant toi pour te servir ».

La mission n’est pas facile à vivre aujourd’hui. Elle ne l’a sans doute jamais été. Mais aujourd’hui, il faut la porter, sans qu’il nous soit donné d’en voir beaucoup les fruits. Nous travaillons dans l’espérance. Qu’elle ne nous manque pas.

Les disciples sont envoyés deux par deux. La mission ne peut pas se vivre seul. C’est vrai pour chacun de nous, qu’il soit laïc, consacré(e), prêtre ou évêque. Quand on reste seul, les faiblesses et limites se manifestent très vite. J’ai eu, pour ma part, le privilège de bénéficier de la présence de Mgr Azéma puis de celle de Mgr Guellec comme appuis et soutiens. Merci à chacun d’eux ! Que Mgr Azéma repose dans la paix, lui qui est inhumé dans cette cathédrale où je viendrai le rejoindre un jour. Je voudrais aussi rappeler le fait que l’évêque est soutenu par la prière de beaucoup. Ce n’est pas rien que de bénéficier chaque jour de la mention de son nom dans la prière eucharistique.

Quand ils reviennent de mission, les disciples sont tout joyeux. Leur joie ne vient pas d’avoir achevé leur mission, ni même d’avoir converti des gens, rien n’est dit à ce sujet. Elle repose sur l’invisible : ils sont plus forts que l’esprit du Mal, le démon. Mais Jésus corrige cet enthousiasme un peu puéril : ils doivent se réjouir de ce que leurs noms sont inscrits dans les cieux. C’est l’affaire de Dieu, ne n’oublions pas. Ce n’est pas à nous de décerner des titres ni à faire des classements. L’essentiel n’est-il pas de vivre la mission confiée en s’y donnant pleinement comme si tout dépendait de nous et en faisant entièrement confiance à Dieu comme si tout dépendait uniquement de Lui ? Le plus difficile est de tenir de manière équilibrée ces deux dimensions, or il faut les maintenir ensemble.

Les textes de cette messe évoquent la joie. Joie des disciples qui reviennent de mission, nous l’avons vu, mais aussi joie de Jérusalem. Elle n’a rien fait, mais elle sait que tout lui vient de son Seigneur Dieu. Il lui donne la paix ; Il la console comme une maman console son enfant ;

 Il fait connaître sa puissance. Tout cela est vrai ! En ce qui me concerne, je pense à bien des personnes auxquelles j’ai pu donner les sacrements auxquels elles s’étaient préparées, qu’il s’agisse de baptêmes ou de confirmations d’adultes et de jeunes, mais aussi d’ordinations de diacres ou de prêtres. Je songe aussi aux personnes venues me confier leur parcours spirituel. Cela nourrit l’émerveillement et l’action de grâce ! Chacun de nous a pu vérifier cette action du Seigneur dans sa vie et dans sa mission, n’est-ce pas ?

N’oublions pas le bref message de saint Paul. Il ne place pas sa fierté dans ce qu’il a pu réaliser, et pourtant il aurait pu le faire ! Il la met uniquement dans la croix du Christ Jésus, c’est-à-dire dans ce qui semble avoir été un échec complet selon les valeurs du monde, car la croix est source de vie et de renouvellement pour tous ceux qui s’attachent à elle.

Je vous invite à prier pour votre futur archevêque. D’ici quelques semaines, son nom sera connu. Accueillez-le avec reconnaissance comme celui qui vous est donné par le Seigneur. Ce qui importe, c’est qu’il trouve des personnes disposées à travailler avec lui à l’annonce de l’Evangile. Jésus n’a pas caché à ses disciples que la tâche était lourde, et les ouvriers peu nombreux. C’est notre situation, mais avec le Christ tout est possible ! C’est Lui le premier évangélisateur. Demandons au Seigneur que le nouvel archevêque ouvre avec vous et pour vous les chemins de l’avenir.

Mgr Pierre-Marie Carré
Archevêque de Montpellier