Cathédrale, 16 juin 2022 

Vouloir vivre le ministère n’est pas facile aujourd’hui. Que l’on soit prêtre, diacre ou évêque, les difficultés apparaissent nettement alors que les appuis et soutiens restent faibles. Mais pourquoi devenir prêtre aujourd’hui ? Pourquoi continuer à porter le ministère avec courage et dans la paix du cœur ?

Tout commence par l’appel du Christ. C’est le Seigneur Jésus qui a choisi ses Apôtres et ne cesse, au fil des siècles, de mettre dans le cœur de certains le désir de le suivre et de partager sa vie et sa mission. Aujourd’hui, plus que jamais, il s’agit de devenir prêtre à la manière des Apôtres ; cela signifie avancer humblement à sa suite. S’Il nous a choisis, ce n’est pas parce que nous serions des personnes exceptionnelles. Il nous a choisis par amour et c’est par Lui et en Lui que nous exercerons le ministère et pourrons donner bien plus que ce que nous sommes.

Dans un moment, tous les prêtres qui sont ici viendront imposer les mains à Martin. Ce geste manifeste que le nouveau prêtre va entrer dans le groupe des prêtres. Il fera partie du presbyterium de Montpellier, le dernier ordonné d’une longue série, mais après lui, d’autres se préparent, et je tiens à saluer leur présence et à les encourager dans leur itinéraire de formation. Tu le sais, Martin, ce presbyterium a ses points forts et ses faiblesses. Apprends à le découvrir et à l’aimer dans sa diversité, depuis les anciens jusqu’aux plus jeunes. Chacun d’eux pourra te soutenir et t’éclaire sur ta route.

Cette ordination se déroule le jour de la fête du Saint Sacrement. Certes, le ministère des prêtres ne saurait se réduire à la célébration de l’Eucharistie. Mais le sacrement nécessite l’annonce de l’Evangile, préalable indispensable à la célébration, et il conduit à la constitution d’une communauté chrétienne. Dans l’Eglise catholique, celui qui préside à l’Eucharistie préside aussi la communauté chrétienne, non comme un autocrate, mais à la manière de Jésus en se mettant au service des autres. C’est en cela que réside le service que tient le prêtre en tant que pasteur à la suite du Christ. Il faudrait pouvoir reprendre cette belle image et en tirer toutes les conséquences :

  • Le pasteur « connaît ses brebis et ses brebis le connaissent ». Tout commence par cette relation de proximité et d’intimité.
  • « Les brebis écoutent sa voix ». Cette voix est d’autant plus forte qu’elle porte la Parole du Seigneur. En étudiant la Parole de Dieu, en la méditant, en la faisant de plus en plus une parole qui habite en toi, tu seras sur le chemin de l’imitation du Christ Bon Pasteur.

On pourrait poursuivre. Mais il faut se garder d’une mauvaise interprétation. N’oublions jamais que le véritable pasteur, le bon berger, c’est le Christ Jésus, Lui seul. Nous autres sommes marqués par le péché, par nos limites, par des blessures venues de notre histoire. Il importe d’en rester conscient, sans pour autant sans cesse les rappeler. Nous sommes les hommes que le Christ a choisis, ceux qui agissent et parlent en son nom, mais nous ne sommes pas le Christ, seulement de pauvres serviteurs.

C’est en contemplant le mystère de l’Eucharistie que l’on peut percevoir ce qu’est la mission des prêtres. L’Eucharistie est le don que le Christ Jésus fait de sa vie. De même, nous voulons nous offrir tout entiers et confier au Seigneur toutes nos forces d’aimer et de servir. C’est le sens du célibat. Il s’agit en définitive de faire de notre existence une offrande à Dieu. C’est dans l’Eucharistie que prend source notre vie chrétienne qui est appelée à s’unir au Christ Jésus faisant la volonté de son Père et s’offrant à Lui pour notre salut. C’est également dans l’Eucharistie annoncée, célébrée et adorée, que prend pleinement sens la vie et le ministère des prêtres.

Voilà notre prière pour toi, Martin ! Que le Seigneur te donne de le réaliser pour notre bien et celui de toute l’Eglise. Amen.

Mgr Pierre-Marie Carré Archevêque de Montpellier