JSFA_02.jpg

A l’appel des fraternités franciscaines religieuses et laïques de Montpellier et de la région, chrétiens et musulmans se sont retrouvés le dimanche 29 septembre dans la mosquée Averroès pour évoquer et pour leur propre part revivre l’incroyable rencontre de St François et du Sultan Malik-al-Kamil, il y a très exactement 800 ans.

Après le couscous dans la cour servi à quelque cent cinquante invités par d’aimables jeunes hommes et femmes familiers de la communauté, s’est déroulé religieusement le colloque, une fois les chaussures déposées aux portes. On n’oublie pas qu’Averroès, le Thomas d’Aquin de l’Islam, n’avait jamais opposé la science et la foi.

Le frère Dominique Pacreau, o.f.m, met tout son art à conter la scène dont on fête le jubilé : C’était en pleine croisade, et François avait traversé les lignes de combattants pour aller parler personnellement au chef des forces adverses assiégées et tâcher de le convaincre de se faire chrétien. Une démarche que le Sultan avait accueillie avec courtoisie, répondant à l’audace de ce pauvre moine sans armes qui lui parlait de sa foi. Ce n’est donc pas en croisés en terre d’Islam ou en adorateurs d’Allah en pays de vieille chrétienté qu’on se trouve aujourd’hui réunis autour de l’imam Ridouann de la grande Mosquée de la Paillade et de Mgr Carré, qui avait le matin même présidé l’eucharistie en l’église de ce quartier majoritairement musulman. C’est en frères croyants.

La première sourate, la « Fatiha », ouvre la proclamation du Coran, donnant à chaque verset le ton à ne pas perdre, comme la clé en tête de toute la portée musicale : « Au nom d’Allah le bienfaiteur miséricordieux ». A sa psalmodie en arabe répondent les voix des chrétiens présents, récitant ensemble les « Louanges à Dieu » de François.

Très impressionnés particulièrement par le profond silence entre les appels à la prière et le chant des versets du Coran auxquels certains d’entre eux assistaient pour la première fois, catholiques et protestants ont écouté des témoins des deux religions parler de leurs expériences inter-communautaires. Sœur Marie campe la figure de Saint François opposant aux guerres inter et intra-religieuses le pari de la confiance réciproque dans la pauvreté spirituelle et matérielle. Madame Dalila Boualleg, juriste à Montpellier, met le dialogue d’aujourd’hui comme au temps de François dans la lumière du « pacte de Médine », lorsque Mohammad appela musulmans, juifs et chrétiens à se respecter comme membres divers de la même « ummah » et à vivre ensemble au lieu de s’entre-tuer. C’est dans ce même sens que milite Mme Danièle Lafont, est venue parler de l’Association islamo-chrétienne « Le Gaic ». Et Madame Renard, directrice de l’école primaire de la Paillade témoigne de l’ouverture aux autres des enfants, inspirés par leur foi spontanée. Monsieur Alaoui dit son bonheur de recevoir le colloque dans sa mosquée.

Trois extraits de « Le Prophète », que le poète libanais Khalil Gibrann a écrit en anglais avant d’être traduit dans toutes les langues dont bien sûr l’arabe, rythment les interventions prévues, sur « le don », « l’amitié » et « la prière ».

De retour de l’Irak et du Liban, où les jeunes volontaires d’Offrejoie se mêlent toutes confessions confondues, pour rebâtir la paix au Moyen Orient, le P. Jean Rouquette montrait la photo de ce quartier de Tripoli dont les habitants se faisaient hier encore la guerre et ont peint ensemble cet été la fresque de François et du Sultan, avec ces mots d’Al Malik au moment des adieux :« Ne m’oublie pas dans ta prière, pour que Dieu daigne me révéler quelle est la loi et la foi qui lui plaît le plus ».

Une prière que chrétiens et musulmans pourraient ensemble adresser, les uns pour les autres, au même Dieu.

P. Jean Rouquette