Messe à l’intention des donateurs, cathédrale de Montpellier
3 novembre 2019, 31° dimanche du T.O.
Homélie de Mgr Pierre-Marie Carré

Nous connaissons bien le passage d’Evangile que nous venons d’entendre ! Pourtant, l’Evangile reste toujours neuf et vient nous rejoindre dans ce que nous vivons. Un mot, répété deux fois, a retenu mon attention. Il s’agit de l’adverbe « aujourd’hui ». C’est une manière de nous faire remarquer que l’histoire de Zachée n’est pas seulement une vieille histoire du passé, mais qu’elle se poursuit aujourd’hui même. Aujourd’hui, Jésus veut s’inviter chez nous, aujourd’hui le salut vient à nous. Il nous reste à y répondre en pensant que tous, d’une certaine manière, nous ressemblons à Zachée : nous avons besoin de rencontrer Jésus et de faire l’expérience du salut.

Revenons à l’histoire de Zachée. Pour les gens de Jéricho, Zachée est un adversaire. Il est à la solde des romains, il est corrompu, ce qui explique qu’il soit riche. On comprend que les gens le détestent. Il paraît absolument scandaleux que Jésus choisisse de venir chez lui plutôt que d’aller dans la maison d’un homme fidèle et pieux. Jésus semble l’approuver ! Mais la foule n’a pas tout vu, elle n’a pas tout compris. Elle n’a pas saisi que Zachée était en attente d’un signe qui pourrait changer sa vie.

Dans la scène racontée par St Luc, Zachée veut voir Jésus. On ne sait pas pourquoi ; est-ce simple curiosité ou y a-t-il davantage ? En tout cas, il est poussé par un désir intense de le voir et il va prendre tous les moyens pour y parvenir, sans avoir peur du ridicule. Il n’est pas grand, on ne le laisse pas passer, alors il monte dans un arbre et s’y installe ; ainsi, il pourra tout voir. Or, note St Luc, ce n’est pas lui qui voit Jésus, c’est Jésus qui le voit et qui lui parle en l’appelant par son nom et en s’invitant chez lui. Cela suffit pour qu’il soit libéré, devienne joyeux et capable de se montrer généreux.

Ce qui est arrivé autrefois à Zachée peut se produire pour nous aujourd’hui. Il n’est pas nécessaire d’avoir amassé des fortunes pour ressembler à Zachée. Il y a tant de raisons qui font que nous pouvons nous replier sur nous-mêmes. Pour l’un, ce sera l’attrait du confort, pour un autre, celui de l’activité constante et de la réussite, en un mot, tout ce qui peut étouffer notre vie spirituelle.

Une parole de l’Evangile, ou un évènement, pourra devenir une rencontre de Jésus qui sera source de salut et ouvrira à une relation renouvelée avec Dieu et avec les autres. Aujourd’hui, à travers cette messe, Jésus veut demeurer en nous par sa Parole et par son Eucharistie. Accueillons-le dans la joie et la simplicité du cœur.

Vous avez remarqué que le récit de Zachée s’arrête sur les bonnes intentions clamées devant tout le monde et sur les remarques de Jésus qui est « venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Que va-t-il se passer ensuite ? On peut penser que Zachée fera ce qu’il a dit, mais c’est son secret. Cela ne nous renvoie-t-il pas à ce que nous allons vivre après cette messe du dimanche ? C’est aujourd’hui que le Christ veut demeurer en nous et y prendre toute sa place. Le laisserons-nous agir ?

Mgr Pierre-Marie Carré
Archevêque de Montpellier