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Toussaint 2019 – Cathédrale de Montpellier
Homélie de Mgr Pierre-Marie Carré

Bonne fête à vous tous ! Oui, c’est notre fête car nous sommes déjà saints. C’est ainsi que saint Paul, dans ses lettres, saluait les chrétiens des communautés auxquelles il écrivait. C’est ce qui nous est offert depuis notre baptême.

Mais, direz-vous, Dieu seul est saint ! c’est ce que nous chantons au cours de chaque messe. Cependant, par le baptême, nous sommes devenus enfants de Dieu. Nous venons de l’entendre « le Père a voulu que nous soyons enfants de Dieu, et nous le sommes ». Dieu nous a adoptés et nous transmet ce qu’il est : il est saint et nous fait devenir saints. Être saints, c’est devenir ce que nous sommes : des enfants adoptifs de Dieu. St Jean a ajouté dans sa lettre « ce que nous sommes ne paraît pas encore clairement ».

Nous sommes libres et nous pouvons refuser ce lien d’adoption avec Dieu : c’est le péché. Il est la rupture de notre filiation. Mais il y a davantage que le péché, c’est de devenir vraiment fils de Dieu. Comment le devenir ? En étant uni au Christ Jésus, le Fils unique de Dieu, lui qui a pleinement réalisé les Béatitudes. Vous connaissez le Prologue de l’évangile de St Jean. J’en relève une phrase : « ceux qui ont accueilli le Verbe de Dieu, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu ». Une telle phrase montre bien qu’il y a un parcours à accomplir, un chemin à réaliser pour devenir enfant de Dieu. C’est tout l’objet et le but de notre vie sur terre : rencontrer Dieu et lui devenir semblable. D’ici là, nous avons à faire un pèlerinage, celui de notre vie.

Pour avancer hardiment, il faut de la confiance, ce qui nous manque peut-être le plus. La véritable confiance, nous disent les saints, ne vient pas de nous, mais vient de Dieu. Il serait facile de faire une longue liste de tout ce qui nous montre que nous manquons de confiance.  

C’est dans ce contexte que l’appel à la confiance que nous lancent les saints me paraît bienvenu. La confiance, par exemple, ce n’est pas l’optimisme ou se persuader que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Leur confiance ne vient pas d’un tempérament heureux qui pense que tout finira bien par s’arranger. La confiance des saints repose sur la certitude de la présence de Dieu et de son amour qui les accompagne.

Frères et sœurs, nous pouvons compter sur Dieu ! Comment ne pas reprendre le cri de joie de St Paul qui affirme : « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui s’est manifesté en Jésus », et pour bien montrer qu’il s’agit de quelque chose de solide, il n’hésite pas à faire une liste de tous les obstacles possibles (Rm 8, 39).

Dieu nous tend la main, toujours. Il reste à ouvrir la nôtre et à accepter de la saisir pour pouvoir avancer. Les saints aussi nous tendent leurs mains pour que nous puissions prendre avec eux le chemin de la confiance.

Charles Péguy écrivait : « celui qui ne donne pas la main, celui-là n’est pas chrétien. Le pécheur donne la main au saint et celui-ci donne la main au pécheur. Ensemble, l’un tirant l’autre, ils remontent jusqu’à Jésus, ils font une chaîne aux doigts indéliables ».

C’est ainsi que les saints vivent de Dieu qui seul est saint. Ils sont des signes pour nous, des signes que le Christ est vivant. Avec lui, ils éclairent la vie quotidienne faite de tant de petites choses ; ils nous montrent, chacun à leur manière, qu’il est possible de la rendre sainte en cherchant à y mettre de l’amour. Il y a dans la foule des saints ceux qui semblent être toujours remarquables. Il y a aussi ceux qui ont été marqués par le péché. N’oublions pas que Jésus a dit : « il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion ». N’est-ce pas là une parole qui nous rejoint et nous encourage à poursuivre avec confiance notre chemin de vie chrétienne ?

 

Mgr Pierre-Mare Carré
Archevêque de Montpellier