Homélie de Mgr Pierre-Marie Carré pour le 5ème dimanche de Pâques
Cathédrale Saint-Pierre,10 mai 2020

 

Les lectures de cette messe nous font entrer dans un étrange paradoxe. D’un côté, nous venons d’entendre les confidences que fait Jésus à ses Apôtres et, par eux, à chacun d’entre nous. Il nous révèle ce que sont ses relations avec le Père du Ciel qui le fait vivre et vers qui il nous conduit. Il n’y a rien de plus beau que d’entendre un Fils parler de son Père avec tant d’amour ! D’un autre côté, et c’est bien le paradoxe, voici la première communauté chrétienne de Jérusalem aux prises avec des oppositions, des contestations, des exclusions. Il y a des veuves qui sont délaissées et abandonnées parce qu’elles sont étrangères.

Il ne suffit donc pas d’entendre des confidences sublimes pour aussitôt se mettre à vivre en harmonie ! Nous ne le savons que trop, chacun de nous pour sa part. Quelqu’un a écrit, peut-être en lien avec ces pages bibliques : Croire en Dieu, ce n’est pas quelque chose d’extraordinaire. Croire que Jésus est le Fils de Dieu, voilà qui est plus difficile car nous avons beaucoup de peine à saisir comment un homme peut être Dieu sans que son humanité ne soit atteinte. Mais croire en l’Eglise, voilà qui dépasse tout ! Elle est tellement humaine que les faiblesses de ses membres, que les péchés commis par tous, et tout spécialement par ses responsables, rendent presque impossible le fait de lui faire confiance. Il nous faut nous placer humblement devant cette réalité.

Et pourtant, ce passage de la lettre de St Pierre vient nous redire notre vocation. J’en reprends l’argumentation. Tout commence par le Christ Jésus : Il est, Lui, la pierre vivante que Dieu a choisie pour que nous puissions nous appuyer sur lui et devenir solides, comme des pierres vivantes, grâce à Lui. C’est seulement grâce au Seigneur Jésus que nous pouvons devenir, comme l’écrit St Pierre « un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, chargé d’annoncer les merveilles de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ».

Si nous croyons que par nous-mêmes nous pouvons y arriver, nous faisons erreur et nous tomberons de haut ! C’est en marchant humblement devant Dieu, en sachant que par nous-mêmes nous ne pouvons rien, que le Seigneur agira en nous et montrera ce qu’il est capable de faire.

On peut présenter ce paradoxe de l’existence chrétienne de bien des manières. J’aime bien dire que nous sommes appelés à devenir ce que nous sommes déjà. Le baptême fait de nous des enfants de Dieu, mais nous avons à le devenir réellement dans notre prière, dans notre comportement et nos réactions spontanées. C’est tout le travail de conversion auquel nous sommes sans cesse appelés.

Pour revenir à l’Evangile qui vient d’être lu, deux mots bien différents mettent en évidence ce paradoxe : « dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures » dit Jésus, et il « nous prépare une place ». Mais il ajoute aussitôt qu’il est le chemin par lequel il faut passer. Nous ne sommes pas parvenus au but, il nous faut marcher avec courage en nous soutenant et en nous portant les uns les autres.

Une deuxième insistance ne doit pas être oubliée. C’est l’attention aux plus fragiles, aux plus démunis. Les Actes des Apôtres font remarquer qu’il s’agissait alors des veuves, elles n’avaient plus de soutien familial.

Aujourd’hui, il nous faut devenir attentifs à toutes les personnes que l’épidémie du Covid-19 a mises dans une situation difficile, à veiller au service des frères démunis. Voilà la conversion qui nous est demandée ! Nous devenons des pauvres qui vont aider des plus pauvres qu’eux-mêmes. Alors, on pourra dire de nous que nous sommes un "peuple saint". Alors nos actes correspondront à notre foi. Vous avez remarqué comment se conclut la crise rapportée dans les Actes des Apôtres. Un groupe de disciples est chargé des veuves - ce sont les ancêtres de nos diacres - et la Parole de Dieu devient féconde, le nombre des disciples se multiplie car les actes correspondaient à la foi, ils témoignaient de la vérité de l’Evangile.

Qu’il en soit de même pour nous cette année !

 

Pierre-Marie Carré
Archevêque de Montpellier