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Homélie de Mgr Pierre-Marie Carré pour la fête de l'Ascension
Cathédrale Saint-Pierre de Montpellier, 24mai 2020

 

Comment parler de l’Ascension de Jésus ? Si nous avons à l’esprit la seule image que les tableaux nous donnent, nous voilà mal partis ! On a l’impression en effet que Jésus s’en va, qu’il nous abandonne et nous laisse à nous-mêmes. Il nous faut une autre image : Jésus a la tête au ciel, mais il garde les pieds sur la terre. Il ne nous a pas quittés, bien au contraire ! Jusqu’à sa résurrection, avec son corps il ne pouvait être qu’à un seul endroit à la fois ; il était ici et pas là-bas. Maintenant, il peut être partout en même temps. Il est désormais avec nous pour toujours comme il l’a dit à ses Apôtres dans le récit de l’Evangile qui vient d’être lu. Et cela est vrai !

L’Ascension de Jésus met en évidence un autre aspect. Jésus est entré dans la gloire de Dieu avec son corps humain. Il emporte avec lui ce qu’il est et ce que nous sommes.

Le temps de Pâques est le moment où Jésus rencontre fréquemment les Apôtres. Cela se réalise de bien des manières. Il convient d’abord de faire naître et grandir en eux la foi (pensons aux épisodes avec Thomas). Puis il les prépare à la mission qui va commencer. Il doit ensuite guérir les Apôtres, Pierre en particulier : tous l’ont abandonné pendant sa passion (tous, sauf St Jean) et Pierre a par trois fois renié Jésus en affirmant qu’il ne le connaissait pas. Plus tard, dans l’une des apparitions, Pierre dira par trois fois à Jésus qu’il l’aime vraiment. Ils sont prêts. Au matin de l’Ascension, il ne leur manque qu’une dernière chose. Laquelle donc ? Ils ont besoin de découvrir que Jésus ne leur est pas extérieur, qu’il ne faut pas le chercher loin, dans des expériences extraordinaires. Ils ont à découvrir qu’il est toujours avec eux.

N’est-ce pas, d’une certaine manière, ce que ce long temps de confinement nous a demandé ? Il nous a obligés à regarder notre manière de vivre notre foi et notre existence toute entière et nous a fait vérifier ce qui est essentiel et ce qui est superficiel dans nos vies. Nous avons pu remarquer que nos journées sont encombrées de tant de choses secondaires. Ce temps se termine, que nos vieilles habitudes ne reviennent pas au galop !

Jésus au ciel ne nous est pas présent de la manière que nous voudrions. La réaction spontanée de Marie-Madeleine au matin de Pâques, c’est de saisir Jésus et de vouloir le retenir. La question de l’Apôtre Jude, c’est de se demander pourquoi Jésus a besoin des hommes pour être ses témoins alors que si lui, Jésus, se manifestait au monde, les choses seraient certainement beaucoup plus simples et plus faciles. Mais Jésus est avec nous pour que se réalise la mission qu’il a donnée à ses disciples « de toutes les nations, faites des disciples ».

La fête de l’Ascension nous dit que Jésus veut poursuivre son œuvre en nous, par nous, avec nous, par nos mains, nos pieds, notre tête et notre cœur. En partant, Jésus manifeste à ses Apôtres qu’ils sont libres et responsables. Il se confie à eux et leur donne une mission.

Le passage d’Evangile que nous venons d’entendre reprend tout cela. Aux disciples qui doutent, Jésus se manifeste. Il s’approche d’eux et leur parle. Il leur révèle qui il est maintenant : tout pouvoir lui a été donné au ciel et sur la terre. Il n’y a plus de limite à son action et c’est pourquoi, fondés sur cette certitude, ils sont chargés de faire des disciples. Ce mot de disciple est essentiel. Il consiste de permettre à d’autres de vivre la même expérience qu’ils ont faite avec Jésus. C’est la mission qu’il nous confie.

 

+ Pierre-Marie Carré
Archevêque de Montpellier