L'année étudiante va commencer dès septembre. L'occasion de faire valoir les nombreuses activités que propose l'aumônerie des étudiants. Par exemple, le 29 mars, à Pérols, les jeunes de la mission étudiante rencontraient Pierre Favre, une personnalité hors normes venue témoigner de son parcours et sa vie.

Hors normes d'abord par son aspect physique : longue barbe grisonnante, crâne rasé, le visage et le corps couverts de tatouages. Hors normes également par son itinéraire de vie : une jeunesse marquée par l’addiction alcool-drogue, une tranche d’existence de SDF et la contamination par le virus du sida. Ensuite rencontre avec Jésus-Christ,  la resocialisation, une merveilleuse histoire d'amour, le vedettariat de chanteur dans un groupe de musique. Puis survinrent  le décès de sa femme, l'engagement comme permanent au Secours catholique et une seconde notoriété consécutive à la publication de son livre : « La foi dans la peau ».

« J'ai eu la chance de naître dans une famille aimante et croyante, reconnait-il. Quand j'étais enfant mes parents m’envoyaient à la messe et au catéchisme ». Mais l'adolescent introverti, qui se croyait enlaidi par l'acné et une calvitie précoce, est bourré de complexes. Pour fuir son mal-être, il fait la fête avec les copains, s’imbibe d’alcool, quitte sa famille, entre dans l’addiction à la drogue et se fourvoie dans la révolte et l'utopie anarchique. Et il échoue dans la marginalité et finit par retrouver complètement dans la rue, à Lyon, véritable SDF qui, la nuit, trouvait refuge dans une voiture.

« À 22 ans j'avais touché le fond, relate-t-il. Les journées sont longues quand on traîne dans la rue. J'ai alors eu le temps de repenser à mon enfance heureuse, au catéchisme, à Jésus qui était proche des personnes exclues de la société. Et je me suis mis à lui parler, à l'implorer. Je lui demandais qu’il me fasse connaître une belle histoire d'amour avant de mourir. J’avais vu disparaître trop de jeunes comme moi… Et j'ai été très vite exaucé ».

Retournant dans sa famille, il tombe sur un bon samaritain qui lui procure du travail et un logement à Paris. Et, peu après, c’est le coup de foudre, il rencontre Géraldine avec qui il vivra le grand amour de sa vie. « Pour moi qui croyais que je ne serai jamais aimé, ça a été un chambardement total. Quand une fille déboule comme ça dans votre vie, c’est génial ! »

Mais, après avoir perdu l’enfant qu’ils attendaient, Pierre et Géraldine découvrent que l'un et l'autre sont porteurs du virus du sida, s’étant contaminés, chacun de son côté, avant leur rencontre.

Pierre Favre compose alors des chansons et, il devient le chateur principal du groupe rock-punk « Les garçons bouchers » qui dans les années 1990 a connu une certaine notoriété. Son nom de scène est Piero Sapu. Avec ce pseudonyme, il rappelle qu’il s’était cru rejeté à cause de mauvaises effluves.

Mais Géraldine développe la maladie du sida, qui l'emportera. Avec tendresse et dévouement, Pierre accompagnera « sa petite femme » jusqu'au bout. Ce douloureux épisode qui met fin à sa nouvelle vie lui aura fait découvrir d'autres exclusions et d'autres pauvretés.

Il s'engage alors comme permanent au Secours catholique, près de Draguignan.

Lors des inondations de 2011 qui ravagèrent la région, des journalistes de la télévision remarquent ce bénévole du Secours catholique au look si particulier qui vient en aide aux sinistrés.  Et ils réalisent avec lui une émission qui déclenchera l’intérêt un éditeur, lequel lui proposera d’écrire « La foi dans la peau ». Dès la parution de ce livre, il sera invité à témoigner auprès des jeunes pour les mettre en garde des dangers de la drogue et relater son itinéraire de vie.

Claude Gavach