Le 16 août, nous fêtons la naissance de René Gosse (1883-1943), né à Clermont-l''Hérault, grand mathématicien français, doyen de la faculté de Grenoble, héros de la résistance, assassiné avec son fils par les nazis. Retour sur cette figure héraultaise.

L’an mille huit cent quatre vingt trois, le 16 août, à 10 h. du soir, naissait Pierre Roch René Gosse, fils de Jean Pierre Louis Gosse, professeur d’allemand, âgé de 22 ans et de Laure Marie Elisabeth Ramy, âgée de vingt et un an, sans profession, dans la maison d’habitation, 6 rue Saint-Dominique (aujourd’hui 3 rue Victor Hugo) à Clermont-l’Hérault.

Bon chrétien, élève modèle

Les origines de ces deux familles clermontaises remontent à plus de quatre cents ans. Jusqu’à 17 ans, René Gosse ne connut d’autre univers que ce morceau du midi de la France, limité par Lodève, Béziers et Montpellier. Il redoutait le froid des montagnes, la neige et les hivers longs, il préférait le souvenir des nuits d’été du Midi, des fleurs de février, de l’abondance des fruits et de la cordialité des habitants du Cœur d’Hérault. René Gosse fit sa première communion dans l’église Saint-Paul et connut là l’exaltation de l’élan mystique et du don de soi. La formation sociale et politique de René Gosse a été très marquée par son enfance. Auprès de son père, René Gosse connaît les émotions des campagnes électorales, les violences des réunions politiques (nous étions au temps de l’affaire Dreyfus).
Dès son enfance et toute sa vie, son attachement à la France fut un sentiment de premier plan, à la fois instinctif et constamment cultivé. A cette époque les enfants rentraient en classe  sur l’air de ce refrain : « Qu’il est noble fier, qu’il est beau, saluons ici le drapeau, le drapeau de la France ».
Au collège, sur son livret scolaire, son professeur d’histoire a répété cette annotation : « supérieurement doué ». Il fut chargé, à l’occasion de la visite du préfet de l’Hérault, venu de Montpellier, de présenter un « compliment », l’expression de tout le collège : il avait 16 ans et le récita lui-même le 28 mars 1900.

Combattant et résistant

Selon le désir de son père, il entra en « taupe » et non pas en « khâgne » comme l’auraient aimé ses professeurs. Combattant de la guerre 14-18, blessé d’une balle à la tête au cours des combats de la Marne, il fut décoré de la Croix de Guerre. Avec Jean Perrin, ils établirent  en 1917-1918, l’appareil de repérage au son de l’avion ennemi. Pour cet important travail de science appliquée, il fut décoré de la Légion d’Honneur à la fin de la guerre. En octobre 1919, René Gosse reprit sa chaire de mathématiques spéciales au lycée de Bordeaux. Le 4 mai 1929, le doyen René Gosse fût élu à l’unanimité directeur de l’Institut Polytechnique qu’il dirigeait en fait depuis 1928.
Dès 1932-1935, l’épanouissement de tous les établissements d’enseignement supérieur dus à René Gosse, font de Grenoble, une capitale scientifique. René Gosse est un conférencier à la parole élégante et claire, il est très apprécié à Nice comme à Rome, à Prague comme à Moscou, mais il reste un citoyen passionné par la cité de Grenoble.
Septembre 1939, le tocsin sonne, la guerre éclate, les années noires commencent. René Gosse est mobilisé en tant que scientifique. Dès l’appel du général de Gaulle, le 18 juin 1940, René Gosse fut gaulliste. A la villa La Bérangère, son domicile fut pour beaucoup une étape sur le chemin du départ vers l’Espagne, l’Afrique ou l’Angleterre.
Après que le Maréchal eut chassé Laval, le 13 décembre 1940, quelques jours plus tard, René Gosse se rendit à Vichy pour la délibération qui devait précéder l’établissement  de la liste d’admission à l’École Navale. Il reçut un accueil courtois et fut surpris par la proposition de l’intervention immédiate du général Huntziger auprès du Maréchal pour arranger son affaire. Il refusa, assez gêné ; « Je vous comprend ! » coupa son interlocuteur.
Dès son retour à Grenoble, il se trouva dépouillé de tous ses titres et de toutes ses responsabilités. Mais les attaques dirigées contre lui, ne cesseront pas et il y eut quelques mois critiques.
C’est en 1942, que René Gosse était entré dans le réseau Marco Polo. Au printemps 1943, René Gosse fut pour beaucoup dans le succès de l’organisation des M.U.R. (Mouvements Unis de la Résistance). René Gosse savait que la tragédie pouvait entrer à tout moment dans sa famille. Il disait aux siens : « Je peux mourir car j’ai eu une belle vie ». Il disait aussi : « Je crois en Dieu ».
La mort de René Gosse et de son fils, Jean, fut annoncée par les radios dès le matin du 23 décembre 1943. Seule la B.B.C. renseignée par les réseaux de la Résistance Intérieure, fit connaître les circonstances réelles de la tragédie : arrêtés par la Gestapo allemande, les corps de René Gosse et de son fils Jean, furent retrouvés criblés de balles sur le chemin de terre de Saint-Ismier, à proximité de Grenoble le 22 décembre 1943.

Ghyslaine Dubos

▬  Les sources :
Lucienne Gosse, Chronique d’une vie française.        
Andrée Milan, association René Gosse et conseillère municipale de Clermont-l’Hérault.
Georges Blanc, ex-maire adjoint et président de l’Office de Tourisme de Clermont-l’Hérault, rédacteur de la revue « Le clermontais le plus célèbre ».