« La diaconie c’est le service du frère… La diaconie vient de la main de Dieu. Dieu élargit ses mains pour aller vers l’autre. La diaconie c’est comprendre ce que Dieu nous demande, nous les croyants, parce qu’on croit en Lui. C’est se mettre à la suite de Jésus avec les pauvres. » Message d’ouverture de l’Université de la Solidarité et de la Diaconie. 30 octobre 2017 Lourdes.

Je crois que cette manière de faire que nous avons vécue à Lourdes, en donnant la parole aux pauvres en premier, nous oblige à revoir nos pratiques, et nous avons tous à y gagner dans notre compréhension de la Parole de Dieu. Le pape François nous secoue pour aller dans ce sens. Laissons-nous secouer ! Il a institué la journée mondiale des pauvres qui aura lieu le 19 novembre, pour nous réveiller et prendre conscience de la place que nous donnons aux pauvres. 

A la suite de la promulgation de l’orientation diocésaine, à Pentecôte au Zénith, pour les 5 ans à venir, notre archevêque Pierre-Marie Carré, m’a donné la mission de déléguée diocésaine à la solidarité, signe concret de l’importance qu’il veut donner à cette 3° dimension de son orientation : « Rejoindre toutes les périphéries ». Une équipe Diaconia existait déjà, elle est renforcée pour donner un nouveau souffle.  
Notre évêque a repris, dans l’orientation, les paroles du pape François : « Je désire une Eglise pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner… La nouvelle évangélisation est une invitation à reconnaître la force salvifique de leurs existences et à les mettre au centre du cheminement de l’Eglise. Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leur cause, mais aussi à être leurs amis, à les écouter. »
Pour « rejoindre toutes les périphéries », notre Eglise, dans toutes ses dimensions et activités, est appelée à renouveler son attention à l’égard des plus pauvres, des malades, des personnes handicapées, de ceux qui souffrent, de tous ceux qui sont aux périphéries.
Chaque réalité pastorale (paroisse, mouvement, service diocésain…) est invitée à donner leur place aux plus pauvres dans son organisation propre et à prendre une initiative avec eux. Les associations caritatives ou humanitaires aideront à réaliser le projet pastoral. »

Ce sont les mots de l’orientation diocésaine.

Dans cette 1° phase de la mise en œuvre de l’orientation que nous vivons actuellement, phase qu’on peut appeler « l’état des lieux », je souhaite aller à la rencontre des paroisses, mouvements et associations pour découvrir leurs réalités propres et réfléchir ensemble à ce qui pourrait être initié, inventé, selon les lieux, avec les richesses déjà mises en œuvre et les pauvretés à prendre en compte, et essayer de faire du lien avec tout ce qui se vit. Dans une paroisse, on a inventé une « équipe veille-solidarité », dans une autre, une association est née après l’appel du pape à accueillir des réfugiés. Ailleurs c’est avec le Secours Catholique ou les conférences Saint Vincent de Paul ou une autre association que se vit la solidarité. Il est important de mettre du lien, de faire connaitre les initiatives existantes et les projets naissants, pour vivre en communion ce service du frère.

Du 30 octobre au 2 novembre derniers, a eu lieu à Lourdes la Première Université de la Solidarité et de la Diaconie. Une délégation du diocèse de Montpellier y a participé : le vicaire général père Gérard Blayac, qui accompagne l’équipe Diaconia, un membre de cette équipe Vincent Leclair, 2 personnes en précarité, membres d’ATD Quart Monde et du Secours Catholique, et moi-même. Nous en sommes revenus enthousiastes et en même temps conscients du chemin à parcourir…
Pendant ces 4 jours, la parole des pauvres a été première pour chacun des moments vécus. Quelques phrases retenues dans l’introduction de l’université, écrite par des pauvres, donnent le ton de l’ensemble :

« L’être humain est très cher aux yeux de Dieu. Nous sommes la plus chère des créatures qu’il a créée, alors nous devons voir comment nous devons accueillir l’autre dans l’écoute et le respect. Nous allons apprendre l’accueil de l’autre pour essayer ensemble d’aller dans un même chemin et voir ensemble la progression de nos parcours. Donc grandir ensemble, voir où en est le service des frères et essayer de grandir dans cet esprit.  Ce qui nous intéresse c’est d’être au courant de la vie du monde et de savoir de quoi on parle, ça n’est pas de devenir plus grand que les autres. Nous allons apprendre, retenir, transmettre aux autres qui ne sont pas là ce qui est important de vivre dans une diaconie… Nous allons à la fois apprendre et partager nos expériences parce que la vie est un apprentissage de l’amour de l’autre tel qu’il arrive et tel qu’il vient…

La solidarité c’est rester solide et ne pas baisser les bras. C’est continuer à aider les pauvres pour la génération de demain et pour les générations qui viennent. C’est donner-partager-servir-aider-défendre et surtout tenir dans la durée les engagements que l’on prend. Servir le frère, c’est le tenir dans la durée. La solidarité c’est aider quelqu’un pour qu’il puisse à son tour rendre le service. Apprendre le service du frère pour mettre les pauvres en avant. Il y a aussi l’amour, se sentir aimé. Faire sentir à l’autre qu’on l’aime. Donner de la valeur à l’autre.

La diaconie c’est le service du frère. C’est plus dans la dimension chrétienne. La diaconie vient de la main de Dieu. Dieu élargit ses mains pour aller vers l’autre. La diaconie c’est comprendre ce que Dieu nous demande, nous les croyants, parce qu’on croit en Lui. C’est se mettre à la suite de Jésus avec les pauvres.
On met souvent les pauvres dans des labyrinthes de désolation mais ils ont une grande spiritualité. Le plus important ce serait d’aller vers les pauvres, que les plus pauvres aient la parole. Ils sont capables de dire beaucoup de choses. Ils ont beaucoup de choses à dire.

Dans nos églises il y a des pauvres, il y a des riches, il y a différents niveaux mais normalement il ne devrait pas y avoir de niveaux dans l’Eglise, on est tous égaux. Donc le dialogue est beaucoup plus facile et simple quand on devient tous égaux, quelle que soit la nature de la personne.
La solidarité et la diaconie, c’est recevoir l’autre, rafraichir son corps et son cœur, lui donner ce qu’il a besoin : une oreille, une parole, un gîte, un couvert selon son besoin et selon nos moyens...

Dans ce rassemblement, nous voulons que les pauvres ne se sentent pas humiliés et qu’ils comprennent qu’ils peuvent s’en sortir. Que tous ensemble on vive ce respect-là entre ceux qui sont instruits et ceux qui ne le sont pas… Par la simplicité, le naturel, sans tapis rouge, sans préjugé… en valorisant toutes les personnes qui seront présentes. Et en même temps, ça nous rappelle qu’on est tous des éternels endormis, on ne pense qu’à soi. On ne priera jamais assez pour se faire pardonner parce qu’en réalité on a des encombrants ; alors l’université ça va nous aider. »

Ce texte écrit par des pauvres résume bien ce que nous avons vécu, par exemple quand nous étions réunis en petites fraternités de 10 personnes. En se présentant simplement par le prénom et en disant d’où on venait, on ignorait qui était membre de ceci ou cela, qui était pauvre, qui était riche. La parole de chacun était importante et prise en compte.
Avec des gestes très riches de symbole, nous avons vécu des célébrations très marquantes : le lavement des pieds le jour de Toussaint : chacun s’est fait laver les pieds et a lavé à son tour les pieds de son voisin en recevant de lui une prière de bénédiction.

Ou encore la veille de Toussaint, la célébration de la miséricorde : les diacres nous ont présenté des bassines de boue d’argile dans lesquelles nous avons trempé nos mains. Nous sommes partis devant la grotte de Massabielle, prier avec nos mains boueuses qui disaient notre volonté de nous mêler sans peur à la terre et à la galère de ceux qui souffrent. Les diacres nous ont ensuite lavé les mains avec l’eau de cette grotte où un jour le ciel a rejoint la terre.

Beaucoup de moments ont été très formateurs pour chacun de nous : des ateliers nous ont permis de découvrir ce qui se vit dans des groupes comme La Pierre d’Angle ou Bartimée, issus de la spiritualité du père Joseph Wresinsky. Ou encore à la diaconie du Var qui existe depuis 30 ans, ou dans celle de Tour, plus récente. D’autres apprentissages nous ont fait vivre la Parole de Dieu différemment : la gestuation de l’Evangile ou l’atelier de la Parole incarnée par exemple, ont permis à chacun de s’exprimer autrement.
La soirée préparée pour le soir de la Toussaint a encore mis en lumière l’ambiance créée par les personnes pauvres qui ont un sens de la fête et une extraordinaire spontanéité !

Pendant ces 4 jours, un texte d’évangile nous a accompagnés : la rencontre de Jésus avec la syro-phénicienne (Marc 7,24-30). Nous l’avons gestué chaque jour. Cette femme païenne, étrangère vient demander à Jésus de libérer sa fille possédée par un esprit impur. La réponse de Jésus est surprenante : « Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens ». Le commentaire préparé par les pauvres nous a éclairé d’une nouvelle lumière : « C’est pas vraiment le pain que les chiens mangent, ce sont les miettes. On n’enlève pas le pain aux enfants, c’est les miettes qui tombent. Qu’on soit en train de manger sur la table ou qu’on soit sous la table, Jésus réserve à chacun sa part. Ce qui est important c’est la rencontre, l’échange, le partage. Cette femme païenne, étrangère a osé aller vers Jésus, peut-être sans savoir qui Il était vraiment. Mais après, elle a dû comprendre qu’Il était le Seigneur puisqu’elle lui a dit : c’est vrai Seigneur. »

Je crois que cette manière de faire, de donner la parole aux pauvres en 1°, nous oblige à revoir nos pratiques, et nous avons tous à y gagner dans notre compréhension de la Parole de Dieu. Le pape François nous secoue pour aller dans ce sens. Laissons-nous secouer ! Il a institué la journée mondiale des pauvres qui aura lieu le 19 novembre, pour nous réveiller et prendre conscience de la place que nous donnons aux pauvres.  
Dans l’évangile de Matthieu au chapitre 25, Jésus nous appelle à prendre soin de chacun : J’ai eu faim, j’ai eu soif, j’étais étranger, j’étais malade, en prison… Toutes les fois que vous avez pris soin de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.
Cette demande de Jésus nous porte vers les autres, vers les plus pauvres en 1°.   

Pour revenir à l’orientation pastorale pour notre diocèse, notre Eglise est appelée à renouveler son attention à l’égard des plus pauvres, des malades, des personnes handicapées, de ceux qui souffrent, de tous ceux qui sont aux périphéries.

Il se trouve que j’ai reçu la mission de responsable diocésaine du Service de l’Evangile aux Malades, en même temps que celle de déléguée diocésaine à la solidarité, comme pour signifier l’importance de l’attention que nous devons porter aux malades, aux personnes âgées, et à tous les pauvres.

Le SEM est un service extraordinaire de proximité, d’écoute, de liens dans les paroisses. Avec des équipes plus ou moins constituées, qui portent la communion aux malades et assurent des visites régulières, il est souvent le seul lien qui relient ces personnes avec l’Eglise.

Le 19 octobre dernier, lors de la journée d’envoi en mission de la pastorale de la santé, aumônerie des hôpitaux et SEM, plus de 100 personnes ont envahi la villa Maguelone, alors que la météo annonçait la seule journée de forte pluie de l’automne ! Malgré une moyenne d’âge élevée dans ces équipes du Service de l’Evangile aux Malades, elles étaient là pour répondre à cet appel : renouveler notre attention à l’égard des malades, de ceux qui souffrent. Je ne peux être qu’admirative et je souhaite leur apporter le soutien nécessaire à leur mission, en allant les rencontrer dans les paroisses, avec les prêtres qui les accompagnent, pour écouter ce qu’elles vivent et répondre à leurs questions, à leurs besoins, et là aussi, créer ou renforcer le lien de communion.

Anne Soulier

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http://www.servonslafraternite.net/ pour en savoir plus sur l’Université de la Solidarité et de la Diaconie. Idées pour la journée mondiale des pauvres.