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H. Legrand, O.P. Institut catholique de Paris

Dans Nouvelle Revue Théologique (Bruxelles), Oct-Déc 2014, 136 (4) : p. 565-76.

Résumé :

Réforme de la curie romaine et revalorisation de la collégialité épiscopale, étape vers l’Unité des chrétiens.
Dès le début de son ministère, le pape François a amorcé une revalorisation de la collégialité épiscopale et pris des décisions sans équivoque pour réformer la curie romaine.

1. Réforme de la papauté et unité des chrétiens

Un des grands dossiers de Vatican II était de servir l’unité des chrétiens. Paul VI ne déclarait-il pas : « La papauté est l’obstacle le plus grave sur le chemin de l’œcuménisme » ?
La Curie a l’habitude de gouverner l’Eglise catholique et ses évêques au nom du pape jusque dans les moindres détails.
Il convient aujourd’hui de revenir à la vision traditionnelle de la communauté ecclésiale comme communion d’Eglises : « L’Eglise catholique une et unique existe dans et à partir des Eglises particulières » (Vatican2 –LG23).

2. La Curie au service du pape et des églises locales

« L’Eglise est institution, mais quand elle s’érige en « centre », elle tombe dans le fonctionnalisme [...] Elle devient de plus en plus autoréférentielle et de moins en moins missionnaire [...] Elle finit par devenir une administration [   ] Au lieu de servir et de faciliter la foi, elle s’en fait la contrôleuse » Pape François, Discours au comité de coordination du Consejo Episcopal Latinoamericano (CELAM), dans Doc Cath 2512 (2013) p. 83.

Or le concile Vatican II stipule qu’il faut que les évêques soient à la tête d’une portion de l’Eglise et non d’une partie de l’Eglise (LG 23 et 28) et il demande de voir en eux « des vicaires et des légats de Jesus-Christ… et non des vicaires du pontife romain » (LG27)

3. Corriger des trajectoires ecclésiologiques post-conciliaires

    • Dépasser l’affirmation de la priorité unilatérale de l’Eglise Universelle en retrouvant la simultanéité de l’Eglise et des Eglises
Il faut noter que le pape François se présente constamment comme évêque de l’Eglise locale de Rome. Comment dire plus clairement qu’il situe son ministère dans la communion des Eglises.
    • Remédier à la dissociation entre le collège des évêques et la communion des Eglises
Quand on dissocie le collège des évêques de la communion des Eglises, l’épiscopat devient « le haut personnel dirigeant de l’Eglise Universelle » Karl Rahner
Dans ce sens, les évêques appartenant au collège, mais n’ayant ni diocèse, ni peuple.
Si l’insistance du pape François sur son épiscopat romain se traduisait en réforme, on ordonnerait moins d’évêque sans diocèse et il irait de soi que le collège est le collège des évêques diocésains (actuellement 48% des évêques catholiques sont sans siège (émerites, auxiliaires, nonces, évêques de curie, etc)
    • Remédier à la dégradation des diocèses et des Eglises régionales en circonscriptions administratives créées par la primauté
On a involontairement dégradé le statut des diocèses par la multiplication des circonscriptions ecclésiastiques auxquelles on a conféré un statut équivalent en droit à celui des diocèses. Exemple : ordinariats pour les militaires, les orientaux catholiques, les ex-anglicans, prélatures personnelles ou territoriales
Probablement s’orientera-t-on vers des unités beaucoup plus grandes, dans la ligne des patriarcats, suggérée par Vatican II (LG 23), reprise avec ferveur par J. Ratzinger, et annoncées par le pape François (François, la Joie de l’Evangile, 32)

4. Une réforme délicate à mettre en œuvre

Cardinal Ratzinger : « Rome ne doit pas exiger de l’Orient, au sujet de la doctrine de la primauté, plus que ce qui a été formulé et vécu pendant le premier millénaire » (Les principes de la théologie catholique 1985).
Renouer avec cette perspective ne sera possible qu’avec le concours de canonistes d’une grande culture théologique et historique.

Conclusion

Enorme tache. Les réformes envisagées rencontreront des résistances, des approfondissements spirituels et ne pourront qu’être progressives. Un effort soutenu de rénovation et de réforme est nécessaire.


Michel Billiard

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