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Par Peter Henrici, Professeur honoraire à l’Université pontificale grégorienne et antérieurement Evêque auxiliaire de Coire (Zurich) 1993-2007

Dans Communio (revue catholique internationale) XXXIX, 6 n° 236 Nov-Dec 2014

Texte original : Die Bischofskonferenzen. Ein zukunftsrächtiger Beitag zur Einheit der Kirche

Traduit de l’allemand par Philipe Saudraix

Résumé : De l’émergence des conférences épiscopales à leur plein épanouissement

L’unité de l’Eglise n’est pas garantie seulement par le pape, mais aussi par le collège épiscopal « avec et sous le pape ». En tant qu’évêque de Rome, le pape a le même rang que ses frères dans l’épiscopat, tout comme Pierre était un apôtre comme les autres

  • Collégialité des évêques

L’unité de l’Eglise n’est pas celle d’un état centralisé. Elle est un organisme, « le corps du Christ », dans lequel chaque partie contribue par sa fonction particulière au bien du tout. L’enseignement de l’Eglise a longtemps eu de la peine avec cette compréhension de l’Eglise. Se référant aux modèles politiques de la société, à l’époque moderne, l’Eglise a insisté en premier lieu sur l’unité et, au mieux, toléré une certaine diversité.

Le Concile Vatican II a conçu le modèle d’une Eglise composée de nombreuses églises particulières, chacune étant placée sous la conduite de son évêque. L’unité de l’Eglise consiste ainsi en la communion (communio) fraternelle de ces églises entre elles et, en dernière instance avec l’église de Rome. C’est le collège épiscopal qui est garant de ce lien des églises, sous la présidence du pape.

Comment l’unité de l’Eglise est-elle concrètement garantie par la communauté fraternelle, par la communion des églises particulières et de leurs évêques ? Il s’agit d’une unité dans la diversité, dans laquelle les rencontres et les réunions des évêques entre eux, les synodes et les conférences épiscopales, ont un rôle important à jouer.

  • L’émergence des conférences épiscopales

Aujourd’hui les conférences épiscopales nationales ou régionales fonctionnent mieux que les synodes d’évêques. Le code de droit canon de 1917 obligeait les évêques d’une province ecclésiastique à se réunir tous les 5 ans « afin de délibérer ensemble sur ce qu’il faut faire dans leurs diocèses et de préparer le travail du futur concile provincial ». Lorsque les évêques furent convoqués au concile Vatican II, ils commencèrent très tôt à se rencontrer également hors de l’aura conciliaire par groupes nationaux et/ou linguistiques. C’est ainsi que sont nées de nouvelles conférences épiscopales.

  • Une reconnaissance ecclésiale frileuse

Voir ci-dessous des textes révélateurs

- Le synode des évêques de 1985 : « Puisque les conférences épiscopales sont si utiles, voire nécessaires, au travail pastoral actuel, on recommande d’approfondir leur statut théologique, afin qu’avant tout soit résolue de manière claire et fondée la question de leur autorité doctrinale où l’on doit surtout regarder ce qui a été dit au Concile dans le décret Christus Dominus 38 et dans le CIC, canons 447 et 753 »

- Le Motu proprio Apostolos suos de Jean-Paul II, « sur la nature théologique et juridique des conférences des évêques », témoigne d’un certain embarras, pour ne pas dire d’ambiguïté, à l’égard des conférences épiscopales. Ainsi, « puisque chaque évêque possède dans son diocèse la charge authentique d’enseignement de ses diocésains, il est difficile de la refuser à une réunion d’évêques. Cela ne vaut cependant que lorsqu’une déclaration d’une conférence épiscopale est émise à l’unanimité ; autrement, c’est seulement après sa reconnaissance à Rome qu’elle obtient force de droit », et plus loin « puisque la doctrine de la foi est un bien commun de toute l’Eglise et le lieu de sa communion, les évêques, réunis dans la conférence épiscopale, veillent surtout à suivre le Magistère de l’Eglise universelle et à la faire opportunément connaître au peuple qui leur est confié ».

  • Les conférences épiscopales comme lieu d’apprentissage de la collégialité

Dans la frilosité de la reconnaissance ecclésiale des conférences épiscopales on reconnaît les réticences d’une administration centrale devant la perspective de voir lui échapper le contrôle d’ensemble. Cependant l’utilité publique des conférences pour la vie de l’Eglise ne peut être contestée. Elles peuvent résoudre des problèmes nationaux ou régionaux au niveau national ou régional, et pour cette raison d’une manière plus appropriée.

Une conférence épiscopale ne représente certes pas la réunion d’églises particulières, à la différence d’une province ecclésiastique (métropolie) ou d’un patriarcat. Mais toutes ces conférences conduisent chaque évêque à connaître et à reconnaître d’autres points de vue, si bien que même là où il peut décider seul, il décidera de manière plus nuancée et il tiendra compte du bien commun de toute l’Eglise, lequel dépasse les frontières de son diocèse

  • Valorisation des conférences épiscopales par le pape François

Deux indices :

- Il a plusieurs fois exprimé l’intention de confier aux conférences épiscopales locales des décisions et des compétences qui jusque-là, relevaient de la Curie romaine. Ainsi écrit-il dans Evangelii gaudium : « Il n’est pas opportun que le pape remplace les épiscopats locaux dans le discernement de toutes les problématiques qui se présentent sur leurs territoires. En ce sens, je sens la nécessité de progresser dans une « décentralisation salutaire »… « Mais ce souhait ne s’est pas pleinement réalisé, parce que n’a pas encore été suffisamment explicité un statut des conférences épiscopales qui les conçoive comme sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique »

- Par ailleurs, en matière d’autorité doctrinale des conférences épiscopales, le pape François a fait faire un grand pas. Dans « Evangelii gaudium » il renvoie à plusieurs reprises à des textes de conférences épiscopales à l’appui de ses propres développements. Il cite à sept reprises Aparecida (ville du Brésil située au sud de Sao Paulo), siège de la Ve conférence générale de l’épiscopat latino-américain, en mai 2007 ; à deux reprises, il cite Puebla (ville du Mexique située au sud-est de Mexico), siège de la IIIe conférence générale de l’épiscopat latino-américain, en janvier 1979, ainsi que les conférences épiscopales des Etats-Unis et de France et une fois celles du Brésil, des Philippines, du Congo, de l’Inde.

L’un des bourgeons les plus prometteurs d’un nouveau printemps dans l’Eglise est à n’en pas douter l’engagement du pape pour une valorisation des conférences épiscopales. Il aiderait ainsi à une réalisation de l’Eglise dessinée lors du Concile Vatican II.


Michel Billiard


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