La bibliothèque diocésaine vous propose ses choix de lecture. Cette fois-ci, le bulletin de littérature ecclésiastique.

cure.ars
Jean-Philippe Nault, recteur du sanctuaire d’Ars
Bulletin de littérature ecclésiastique, avril – juin 2015 : 462 : 23-29

Le curé d’Ars (1786-1859) fut par excellence « doux et humble de cœur », c'est-à-dire docile à l’Esprit, lui qui paradoxalement a failli être « victime » de la discipline ecclésiastique dans sa formation (renvoyé du séminaire, retardé à l’ordination, refus des pouvoirs de confession par manque de discernement et de théologie, desservant et non curé d’un village de 320 habitants) et sujet d’indiscipline citoyenne (suite à la conscription de 1809 et à l’appel à partir en Espagne dans les armées napoléoniennes, il se cache pendant plus d’un an sous un faux nom), devient ainsi un modèle d’obéissance à son Seigneur.

1. Perception de l’absolu de Dieu

Il y a chez le saint curé un absolu et une immédiateté de Dieu qui oblige chacun, même nous aujourd’hui, à nous positionner devant Dieu et à en tirer les conséquences : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes » (Ac 5, 29). Il sera prêt à donner sa vie pour Dieu ou son Royaume. Le reste a pour lui « peu » d’importance dans le sens ou tout ne se comprend qu’en référence à son Seigneur. Ce point éclaire non seulement sa prière personnelle, mais aussi ses paroles pastorales ainsi que son sens inné de la présence de Dieu et de la déférence qui lui est due. La stabilité de la foi en Dieu est le meilleur garant parmi les bouleversements du monde ou les humeurs des foules. Chez lui, pas de question ou de temporisation, il faut suivre Dieu et Dieu seul. A partir de l’amour de Dieu pour nous, il s’oriente et oriente les autres vers Dieu. Le ciel va fasciner le Curé d’Ars, il en sera un extraordinaire témoin. Voir Dieu, être avec lui pour l’éternité en compagnie des saints, goûter à sa charité. La première phrase que l’on connaît de lui est : « Je te montrerai le chemin du ciel » ; c'est-à-dire, moi ton pasteur, je ferai de toi un saint, je ferai grandir ton intimité avec Dieu pour que, dans la vérité, tu te laisses habiter par la grâce. Sa grande joie, sa consolation est l’union à Dieu dans l’amour. Cette union sera nourrie par l’Eucharistie célébrée et adorée. Elle devient sa nourriture et le sommet de ses journées, elle est la clé de son ministère et la source de sa charité pastorale. Notons la place prédominante pour lui de la personne du Christ, il est prêtre de Jésus-Christ. C’est vraiment de l’imitation du Christ souverain prêtre et en son nom que va s’exprimer et se révéler son charisme de pasteur.

2. Un pauvre qui attend tout de Dieu

« L’homme est un pauvre qui a besoin de tout demander à Dieu ». Il est par excellence un pauvre, dans le sens de quelqu’un qui attend tout de Dieu. Non seulement il n’a rien et il ne peut s’appuyer que sur peu d’acquis, mais il s’abandonne complètement à Dieu. Pour lui, la pauvreté, c’est avoir une confiance totale en Celui qui peut tout. La pauvreté lui permettra d’être réceptif au don de Dieu, ouvert à sa volonté, se recevant de lui comme un disciple fidèle. Sa pauvreté fut son secret, dans ce dépouillement total, sa richesse fut Dieu lui-même.

3 . Des lumières sur la route

Voici quelques « moyens » qu’il mettra en œuvre pour être disciple au quotidien, sous la mouvance de l’Esprit.

a. Le premier sera sa vie théologale autour des vertus théologales accueillies et vécues comme pasteur. Il avança dans la foi, parfois de façon héroïque, une foi mendiée mais ancrée au plus profond de son être et toujours éclairée Il fut par excellence un homme d’espérance, les yeux fixés sur le Ciel, ayant l’éternité comme horizon et comme « moyen » de vivre avec Dieu Il vécut enfin une charité bouleversante pour ses proches ne vivant que par et pour l’amour de chacun.

b. Le deuxième aspect correspond aux conseils évangéliques sur lesquels il est souvent revenu lui-même et qui l’ont aidé à grandir. Pauvreté, obéissance et chasteté ont été les lumières de sa vie morale, spirituelle et pastorale, chacun éclairant l’autre en la renforçant ; il s’en est « servi » comme de repères ; ils sont au cœur de son attitude de disciple.

c. Notons enfin deux « moyens » qu’il utilisera pour rester fidèle dans son ministère : la vie fraternelle et l’invocation inlassable de « ses » saints

Conclusion

En désignant Jean-Marie Vianney, le saint curé d’Ars, comme patron des prêtres du monde, Benoit XVI en fait un modèle pour la spiritualité des prêtres diocésains, mais aussi un modèle de foi, d’espérance et de charité pour tout chrétien.