Drunk

Réalisateur : Thomas Vinterberg

Date de sortie du film : 14 octobre  2020

Durée : 1h55min

Genre: Drame

Nationalité : Danemark

Distribution :Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Magnus Millang…

Film vivement recommandé

Et si les êtres humains vivaient leur meilleure vie sous l’influence de l’alcool ? La vie serait-elle plus belle avec 0,5 gramme d’alcool dans le sang ? C’est l’hypothèse de quatre amis, inspirés par les théories fumeuses d’un psychologue norvégien qui prétend que l’être humain serait né avec un taux d’alcool dans le sang présentant un déficit de 0,5 g/ml, qui tentent de dynamiser leurs existences monotones grâce à la boisson.

Le film s’ouvre sur un spectacle à ciel ouvert : des jeunes gens courent autour d’un lac, l’objectif étant d’avaler le plus de bières possible et de revenir au point d’arrivée en ayant consommé tout le pack d’alcool. Dans cette compétition, l’alcool tient à la fois lieu de carburant (on boit à la moindre occasion), d’obstacle (on doit s’arrêter régulièrement pour vomir) et de récompense (la fête se prolonge ensuite en ville, une bouteille à la main). Puis le noir s’abat brutalement sur l’écran et le récit s’engage autour de quatre hommes, Martin, Tommy, Peter et Nikolaj. Martin, professeur d’histoire, un professeur de lycée sage, sobre   et trois de ses amis (professeur de musique, psychologie et sport) décident de s’enivrer chaque jour « raisonnablement », à la fois dans leur lycée et à leur domicile. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Ces quatre amis consomment en cachette divers breuvages, calculent scrupuleusement et à heures fixes leur degré d’alcoolémie et constatent avec joie que les résultats sont convaincants. Encouragés par leurs premières expériences, Martin et ses amis augmentent les doses, passent de la douce ivresse à l’ivrognerie pure et dure et, peu à peu, s’égarent dans des dérives improbables qui mettent en danger leurs proches, leurs élèves et eux-mêmes. La situation devient rapidement hors de contrôle

Thomas Vinterberg aime mettre à nu les vices enfouis sous le vernis de la bonne société. Sans jamais nier les ravages de l’alcoolisme, le réalisateur refuse de verser dans le discours culpabilisateur.Depuis Festen, brûlot sur les enfers familiaux, Thomas Vinterberg, dans ses meilleurs films, met en scène des personnages en lutte contre les normes et le puritanisme de leur pays natal. Ce sont des êtres en guerre contre leurs propres contradictions et névroses.

Drunk est aussi un film de copains, une expérience sociale, portrait de quarantenaires qui voient une fougue et une jeunesse leur échapper.

Indissociable de la profondeur et de la mélancolie, Thomas Vinterberg se garde pendant tout le film de succomber au manichéisme et au jugement moral. Il emprunte le rire et le tragique, il donne  au film autant de profondeur que de légèreté pour parler du drame de l’alcoolisme.

La force du long-métrage tient à une  mise en scène intelligence avec ses mouvements de caméra, les jeux sur l’image, les jeux de lumière, des plans remplis d’émotions, l’utilisation d’une musique lyrique et classique envoûtante.

Ce film est considéré comme l’un des « meilleurs crus » du virtuel Festival de Cannes 2020.

Philippe Cabrol
Chrétiens et Cultures

Una promessa

Réalisateurs : Gianluca et Massimiliano De Serio

Date de sortie du film : 14 octobre  2020

Durée : 1h44 min

Genre: Drame

Nationalité : Italie France ,Belgique

Distribution : Salvatore Esposito, Samuele Carrino, Lica Lanera

 

Comme chaque matin, Anto regarde sa mère, Angela, partir au travail comme journalière. Angela part avec d’autres travailleurs clandestins dans les champs, où elle meurt dans des circonstances mystérieuses. Giuseppe, son mari,  est devenu borgne à cause d’un accident dans une carrière de pierres et il ne peut pas travailler. Giuseppe et Anto se retrouvent seuls et désespérés, sans maison et sans argent. Ils vont vivre et travailler à leur tour sur les lieux où leur compagne et mère est décédée. Ils y découvrent un univers ravagé par la misère et la déshumanisation… Giuseppe fait la promesse à leur fils Anto de lui rendre sa mère.

Avec Una Promessa, c’est à travers les yeux d’Anto, 10 ans, que nous regardons ce monde-là. Lors d’une belle scène d’ouverture en caméra subjective renversée (l’enfant est sur le lit, tête à l’envers), Anto observe sa mère partir au travail.

Gianluca et Massimiliano De Serio racontent une histoire familiale douloureuse et évoquent la situation tragique des travailleurs. Ils  dressent le portrait réaliste et glaçant d’une communauté de travailleurs exploités et maltraités par des esclavagistes de clandestins dans le sud de l’Italie à  notre époque. Cette chronique sociale nous donne à voir un système d’exploitation tout droit sorti du siècle précédent avec son grand propriétaire tyrannique et pervers, ses « caporaux » serviles et ses ouvriers asservis travaillant jusqu’aux limites de l’épuisement.

Les réalisateurs se sont inspirés d’un fait divers datant de 2015 : la mort d’une journalière dans la région des Pouilles. Cette mort d’une journalière ainsi la mort de leur propre grand-mère, au même endroit 60 ans plus tôt, les a  amenés à réaliser ce film les conditions de vie de ces travailleurs précaires, constitués en majorité des immigrés mais aussi d’Italiens, notamment des femmes, appauvris par la crise économique.

Après une première partie intéressante et prometteuse, le film sombre dans une esthétisation de la violence dérangeante.

Philippe Cabrol
Chrétiens et Cultures