Montpellier, Cathédrale Saint Pierre, 13 septembre 2021

Lundi 13 septembre à 10h à la cathédrale Saint Pierre de Montpellier ont eu lieu les obsèques de Mgr Claude Azéma, évêque auxiliaire émérite du diocèse de Montpellier.
Nous vous proposons de revivre la messe d’obsèques en vidéo sur notre chaîne Youtube. Vous pouvez également retrouver le témoignage du père Régis Costes et l’homélie de Mgr Carré.



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Homélie de Mgr Pierre-Marie Carré

Monseigneur Claude Azéma était issu de Vailhauquès : il en était fier. Cet enracinement dans le terroir était essentiel pour lui : il était de cette terre, il connaissait l’occitan, il connaissait beaucoup de monde. Surtout, il vous aimait et cela se sentait. Voilà pourquoi vous êtes venus nombreux ce matin à ses obsèques. C’est l’une des dimensions essentielles du ministère que d’être ainsi enraciné dans une terre et de faire partie d’un peuple.

Le passage d’Evangile qu’il avait choisi pour ses obsèques nous le laisse entendre : il s’agit d’un homme paralysé, porté par quatre amis, afin qu’il puisse accéder à Jésus. Ses amis n’y vont pas par quatre chemins : puisque la maison où se trouve Jésus est archipleine, ils découvrent le toit et le font descendre devant Jésus. Ainsi pourra se faire la rencontre tant désirée et l’évangéliste note que Jésus remarque leur foi. Claude Azéma a été porté par cette foi et il a aussi, souvent, été celui qui a su porter bien d’autres personnes jusqu’à la rencontre avec Jésus. Il l’a vécu dans ses charges de vicaire et de curé et aussi dans son travail pour la catéchèse, travail dans lequel il s’est beaucoup investi, comme nous l’a dit le Père Régis Coste au début de cette célébration.

Je voudrais évoquer deux aspects de son ministère dans notre diocèse. Il y a d’abord les longues années où il a vécu avec joie et dynamisme sa mission de collaborateur des évêques jusqu’à être appelé à être ordonné évêque pour accompagner Mgr Guy Thomazeau. Ordonné en 1969, il a su porter les charges qui lui ont été confiées. Je le cite : « Je pense que mon charisme de prêtre, c’est d’être pasteur à la base, pour une communauté et des personnes avec qui cheminer dans la foi » et il écrivait à Mgr Ricard : « fondamentalement, je me sens appelé à un ministère de proximité, à une action pastorale sur le terrain, ou à une coordination locale, à la rigueur ». Il a été heureux dans ses responsabilités paroissiales et il a su rendre les autres heureux dans la foi.

Cependant, les responsabilités n’ont pas manqué. Les évêques successifs ont remarqué son sens du service, sa discrétion et son respect des personnes, alliés à sa foi et à sa vie de prière, et ils lui ont confié des tâches importantes : vicaire épiscopal, vicaire général puis administrateur diocésain. Il a hésité devant ces demandes qui lui paraissaient être trop lourdes mais, à chaque fois, il a voulu se placer dans une attitude d’accueil, de disponibilité et d’ouverture qui l’a conduit à accepter ces missions et à les porter malgré ses inquiétudes. Je le cite encore : « La dernière interrogation qui me reste, comme une écharde dans ma chair, est celle de la santé au sens large : est-ce que je tiendrai le coup nerveusement, psychiquement, moralement, pour faire face dans de bonnes conditions pour tous ? » Voilà ce qu’il écrivait à Mgr Boffet en 1994.

Puis est venue, en 2003, la dernière demande : celle de devenir évêque auxiliaire de Montpellier. Devant cette demande, il écrivait : « Je voudrais vous dire d’abord que je me sens indigne, pécheur et incapable de faire face à cette tâche, je pourrais mieux servir autrement, j’aurais une vie plus tranquille et équilibrée en renonçant à cette demande » et il ajoutait : « Il ne me reste plus qu’à vous dire que je fais un acte d’abandon périlleux en m’appuyant totalement sur la grâce de Dieu ». C’est ainsi que Claude ouvrait son cœur et manifestait ce qui le conduisait intérieurement. Il a assumé cette mission d’évêque auxiliaire, de soutien de l’archevêque, avec intelligence et dévouement au fil des années. Mgr Thomazeau et moi-même pouvons en témoigner.

Mais une autre dimension de son ministère épiscopal s’est rapidement manifestée. C’est l’épreuve de la maladie. Il en a souffert jusqu’au bout. Dans nos échanges de ces derniers mois venait souvent la question : « Pourquoi cela m’arrive-t-il ? Pourquoi avoir survécu aux 100 jours d’hospitalisation alors que je ne puis presque rien faire ? » Dans un témoignage il disait : « Nous, les grands malades, nous faisons l’expérience de la dépendance ! Dépendre des autres pour tous les actes de la vie courante : manger, faire la toilette, marcher, s’habiller. Cette dépendance apparaît clairement dans les évangiles : le paralytique étendu sur une civière et porté par quatre hommes ». Il ajoutait encore : « dépendance de tous ceux qui ont quelque autorité médicale et qui prennent des décisions souvent à notre place car on est bien incapable de savoir ce qui convient. »

« L’autre expérience marquante pour les malades, c’est la patience ; il faut attendre et attendre pour avoir une réponse quand on a donné un coup de sonnette ; attendre et attendre des résultats d’examens et d’analyses. Cette dépendance et cette patience peuvent tourner nos regards vers Dieu, lui de qui tout dépend, lui qui manifeste sa patience envers nous. La maladie nous provoque à l’abandon, au lâcher-prise, à la dépossession. Il y a alors un va-etvient entre humiliation et humilité, acceptation et révolte, découragement et espérance ».

Il faudrait pouvoir citer toute cette conférence qu’il a donnée dans le cadre de la Pastorale de la santé.

J’en retire encore une dernière phrase. « La maladie ouvre une porte et un chemin vers une autre connaissance du mystère de Dieu. La personne est mise à nu, elle est portée par la grâce ». Il concluait en citant des vœux reçus : « Nous ne savons pas où nous allons, mais nous savons avec qui nous y allons ». Nous comprenons pourquoi il a choisi le texte du combat de Jacob qui a lutté toute la nuit avec l’ange de Dieu.

Cher Claude, ton chemin sur terre, parfois si douloureux, est achevé. Nous te confions à la tendresse du Seigneur que tu as servi et aimé jusqu’au bout. Je te cite encore : « Je recommande à tous mes amis et à tous ceux qui me connaissent d’intercéder pour moi auprès du Seigneur Jésus et de sa Mère, afin qu’Il ne tienne pas compte de mes péchés mais de son amour et m’ouvre la porte de la maison du Père. Je crois beaucoup à la communion des saints. » C’est ce que nous allons faire ensemble maintenant.

Témoignage du père Régis Costes : 

 

Mgr Azéma, Père Azéma, Claude : peu importe la manière de le nommer, chacun a toujours senti une proximité avec lui, une amitié. Claude avait cet art de faire comprendre à l’autre qu’il était privilégié dans son amitié, presque unique à ses yeux. Cet homme de terroir, occitan, natif de Vailhauques (ça ne s’invente pas) aimait profondément l’ensemble du diocèse de Montpellier, son paysage, sa culture, sa nature (en particulier les oiseaux) et surtout son peuple.

Claude, dans ses différents ministères, a pu étaler tous ses talents, ses charismes de pasteur. Son passage au service de la catéchèse du diocèse le rend particulièrement pédagogue vis-à-vis des enfants et des jeunes, beaucoup vont se souvenir au moment du sacrement de confirmation, quand il sera évêque, de ses réponses à leurs lettres, appropriées à chacun, écrites sur un papier bristol.  Et c’est surtout comme curé de paroisse qu’il l’a davantage exprimé. Ceux de Notre Dame de la Paix, ou de Notre Dame d’Espérance s’en souviennent encore. Claude le savait aussi lorsqu’il est nommé Vicaire Général du diocèse, il accepte à condition de garder  sa charge curiale à Notre Dame d’Espérance. C’est sa bonté, son écoute humble et posée,  sa présence et son attention à chacun qui a marqué profondément chacun des paroissiens.

Dans son épiscopat  sa réflexion paisible aidera chacun à  plonger dans les racines de l’histoire du diocèse, pour assurer la continuité la compréhension, l’ouverture et le dialogue : bref Claude était notre mémoire. Depuis son ordination au Zénith de Montpellier le 31 août 2003 jusqu’à sa démission, sa santé a été particulièrement éprouvée. Quel courage pour affronter, l’air de rien toutes les péripéties, les tracas et enfin les gros ennuis sur sa santé. Si sa maladie a fini par l’emporter, elle n’a pas réussi à détruire en lui sa lucidité, sa présence et surtout sa foi en l’autre, en Dieu. Il y a 10 jours Claude me partageait son choix de l’évangile de ses obsèques : ce paralytique porté par 4 hommes, signifiant pour lui toute la reconnaissance des personnes qui l’ont soutenu, qui l’ont porté, dans son combat contre ce mal. Et cette parole m’a touché car j’ai pensé à ce même peuple qui l’a porté un 31 août 2003 au Zénith de Montpellier. Claude a servi 4 évêques comme vicaire général et comme évêque auxiliaire : Le Père Boffet, le Père Ricard, et comme évêque : le Père Thomazeau et le Père Carré. Tous comme Prêtres, Evêques, Diacres, Laïcs, nous voulons remercier le Seigneur de l’avoir mis sur notre route !

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