Soixante-quinze ans d’ordination, au cours de la centième année, provoque d’abord l’étonnement en pensant à tous ceux qui n’y sont pas arrivés : pourquoi cette chance m’est réservée.

 

Première conviction : une action de grâce, un grand merci à Dieu qui a permis que ma foi de jeune prêtre soit plus mure aujourd’hui. Merci pour toutes les grâces reçues à longueur de vie, même si je n’ai pas répondu, probablement, à tout ce que l’Esprit-Saint désirait faire à travers moi.

 

Deuxième conviction : je demande pardon pour tous ces manques au long de mon ministère auprès des collégiens, des lycéens : j’ai souvent manqué de pédagogie à cause de mes réactions parfois vives et impulsives en essayant de faire découvrir le Christ aux jeunes sans tenir compte suffisamment de leurs besoins, de leurs attentes. A la réflexion depuis ces années où je suis à la Roseraie (Maison de retraite Sainte Odile) je me rends compte que je faisais une multitude de choses et que souvent je ne les préparais pas assez par la prière. Cela n’empêche pas que je me suis toujours appliqué à me former : session d’aumôniers de lycée (à Paris), session d’ACI (action catholique en milieu indépendant), sessions d’A.C.O. (action catholique ouvrière), pour l’œcuménisme rencontres à Chantilly… Par ailleurs j’ai passé une semaine au monastère bénédictin près de Lourdes, avec le Père CHACUN de Sète nous avons été à Châteauneuf-de-Galaure, Marthe Robin y était encore vivante, je rajouterais les exercices de Saint Ignace à Lyon…

 

Troisième conviction, acquise à la lecture de la vie des saints qui rencontraient des personnes dont le seul objectif restait de mettre à l’épreuve le « futur saint ». Quand je suis sorti du séminaire (en 1941 ndlr) je m’étais promis : « Tu n’esquinteras personne ». Chose que j’ai essayé de vivre même si parfois j’ai manqué de discernement. Par exemple en demandant, lors de la messe, aux fidèles placés au fond de l’église de bien vouloir se rapprocher de la Sainte Table. Ou encore dans le cadre d’une préparation au mariage, je n’avais pas remarqué l’attitude de la fiancée qui le lendemain du sacrement du mariage était partie vivre avec son amant…

Dans mes rencontres avec une « multitude » de personnes avec qui j’ai pu partager et dialoguer sur leur vie et leur foi, cela m’a rendu infiniment heureux dans tous les postes ou l’évêque m’a envoyé sans en avoir refusé un seul,

 

Quatrième conviction : J’ai vécu avec bonheur l’évolution de l’Église depuis mon séminaire, en passant par le Concile Vatican II, que j’ai considéré comme une grande libération. Avec l’Action Catholique nous avions pressenti la place que pouvait avoir les laïcs dans l’Église. Je n’ai pas compris que certains de mes confrères aient décidé de renoncer à suivre le Christ et sa Passion dans la recherche personnelle du bonheur à tout prix.

 

Aujourd’hui heureux avec le Pape François de voir que l’Église prenne un chemin synodal et qu’elle ose se poser des questions autrefois taboues sur la structure même de l’Église.

 

J’espère passer encore quelques années sur terre pour regarder vivre cette évolution de l’Église, A vous, au Ciel et sur cette terre merci pour le chemin partagé.

Père Paul Merle
(Propos recueillis par le Service de la Pastorale des prêtres ainés)