Le Père Michel Bertès est décédé le 11 juillet 2022 dans sa 92e année et la 64e de son ordination presbytérale.
Ses obsèques ont été célébrées le vendredi 15 juillet 2022, à 10 heures, en la basilique Notre-Dame des Tables de Montpellier. Elles ont été présidées par Mgr Alain Guellec.
Une prière a été dite en l’église de Gigean à 11 h 45, suivie de l’inhumation dans la concession familiale.

Testament spirituel du Père Michel Bertès

Oui, j’ai voulu servir le Christ, le Seigneur de ma vie, et l’Église que j’aime malgré ses défauts. L’arrivée du Pape Jean XXIII et le Concile Vatican II poursuivi et mis en œuvre par Paul VI ont été des évènements majeurs de ma vie de prêtre comme de l’Église j’en suis persuadé.
Je retrouve actuellement la joie et l’espérance de ce temps de Vatican II avec le pontificat du Pape François.
A travers les communautés chrétiennes auxquelles j’ai été envoyé, Lycée et paroisses, et ce qui m’a été demandé au service du diocèse comme responsable de la pastorale liturgique et sacramentelle, la commission d’Art Sacré ou le secrétariat général du Synode diocésain de 1989 à 1992 je n’ai voulu que
servir et rassembler pour le Christ.
Je souhaitais être curé de campagne, mes Évêques successifs en ont jugé autrement. J’ai obéi – « Ne rien demander, ne rien refuser » – dans ces divers ministères j’ai été heureux et je les en remercie; j’ai tant reçu.
J’ai eu la joie de travailler aussi dans la région apostolique avec d’autres prêtres et Évêques ainsi qu’aux instances nationales de la liturgie et de l’art sacré et j’ai beaucoup appris là.
J’ai eu la joie de participer à la rénovation de la plupart des églises du diocèse, et d’en donner le sens aux fidèles concernés. « Combien j’ai aimé tes demeures Seigneur » Ps 83
Pour la confiance qui m’a été faite par mes Évêques successifs, pour les rencontres que j’ai faites à travers les responsabilités que j’ai exercées et qui m’ont enrichi, je veux rendre grâce jusqu’à mon dernier souffle.
Je sais que dans le ministère, comme responsable, j’ai été exigent; perfectionnistes disait-on parfois. Par là j’ai certainement fait souffrir. J’ai essayé d’être exigent pour moi-même, sensible peut-être plus qu’il n’apparaissait à l’amitié que beaucoup m’ont témoignée comme aux jalousies ou méchancetés qui
ne m’ont pas manqué. J’en demande pardon à ceux que j’ai peiné ou blessé. Pour ma part j’ai déjà pardonné.
Dans la confiance que m’ont accordé bien des proches, j’ai puisé un dynamisme et des joies profondes.
Je remercie ceux et celles qui aujourd’hui encore m’accordent leur amitié. Qu’ils me pardonnent si par tempérament je suis trop indépendant et ne voulant être qu’un « chemin » je ne réponds pas assez à leur attente. Je pense que notre amitié, notre communion est à un autre niveau, là où l’Esprit du
Seigneur fait de nous un seul corps.
Je souligne la joie qui m’a été donnée de pouvoir vivre mon ministère en communauté avec des confrères souvent plus jeunes: les Pères assomptionnistes de Sainte Thérèse, Bernard Boissezon et Jacques Chanut, Michel Hédon, Jean Marie Vachala, Gérard Blayac et Olivier Sournia comme Lionel Robin et Pierre Brugidou.
Que tous, Famille, Pasteurs et prêtres de notre Église diocésaine, laïcs et amis sachent qu’en Dieu ils ne seront pas oubliés.
Je conclus ce témoignage avec Saint Paul, affirmant comme lui que « ma vie dans la condition humaine je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Galates ch 2 v 20), et je demande la grâce de la fidélité jusqu’à mon dernier souffle.

En Calcat 17 juin 2008 pour le cinquantième anniversaire de mon ordination Michel Bertès prêtre
Mis à jour et complété à en Calcat, octave de Pâques 2014

Homélie de Père Bernard Boissezon

La mort nous enseigne. La mort de quelqu’un qui a beaucoup compté pour nous, est un temps privilégié pour prendre conscience de tout ce que nous avons reçu de lui… et de tant d’autres.
La culture ambiante nous donne à penser qu’existe d’abord l’individu et qu’ensuite viennent les relations qui se tissent entre les individus. C’est une illusion. Ce qui est premier c’est la relation et je dirai même la communion. Du ventre de notre mère à notre dernier soupir ce sont les relations qui nous ont permis de nous construire, d’émerger comme personne autonome.
Au commencement est la relation, au commencement est la communion.
Chacun de nous peut essayer de dire ce qu’il a reçu de sa relation à Michel Bertès même si nous n’en avons jamais pleine conscience.
Pour les uns ce sont des relations familiales,
pour d’autres une fidèle amitié,
pour d’autres la découverte de la prière liturgique qui pour Michel était l’entrée progressive dans la signification des rites pour se nourrir davantage à la présence du Christ dans le pain et la parole,
pour d’autre encore un accompagnement spirituel. J’ai reçu le messages suivant : « J’ai pu écrire à Michel, au plus vif de la crise des abus dans l’Eglise, ma reconnaissance d’avoir rencontré en lui un prêtre, pasteur, qui par son écoute respectueuse, attentive, discernante, a su m’accompagner pour écouter la Voix du Seigneur, pour accueillir ce qui se dessinait sous mes pas, pour y croire aussi… le contraire d’une emprise…. une présence pour libérer la vie !»
pour d’autre encore la découverte de l’accueil monastique à En Calcat et Dourgne…

Cette réflexion sur les relations qui nous construisent, sur les communions humaines dans lesquelles nous naissons et grandissons, je voudrais les confronter à l’évangile que Michel a choisi pour souligner quelques aspects fondamentaux de la foi chrétienne.
Dans l’Évangile que je viens de lire, il y a, au bord du lac, ce repas(1) de pain et de poisson. Ce repas il ne fait pas seulement la cohésion du groupe des disciples. Il est d’abord reconnaissance de Jésus Ressuscité présent au milieu d’eux. Ce repas c’est déjà la liturgie de l’Église. La communion entre les disciples devient possible par leur communion avec leur Seigneur Vivant Ressuscité.
La foi chrétienne nous révèle que nos communions humaines, si importantes pour chacun de nous, sont rendues possibles par la présence de Dieu en chacun de nous. C’est par notre relation à Dieu qui est lui-même communion et qui nous accueille en son intimité que nous pouvons être en communion de vie les uns avec les autres.
La Bible, dans son langage, nous rappelle sans cesse que lorsque le peuple de l’alliance s’éloigne de son Dieu il connaît la division et la guerre et l’évangile nous dit l’unité des deux commandements indissociables amour du Dieu et du prochain.
La liturgie ne cesse d’attester que la communion au Christ permet aux communions humaines de tenir et porter fruit.
Le deuxième aspect de la foi chrétienne je l’aborderai en tournant notre regard vers Pierre. Il nous aidera à nous confronter à l’épreuve qu’est aussi la mort, celle d’un proche et la perspective de notre propre mort.
Au matin, après une nuit de travail, les filets sont vides(2) et Pierre se trouve nu dans la barque.
Cette nudité nous renvoie à deux autres passages de l’Évangile selon St Jean. Au dernier repas de Jésus il nous est dit qu’il quitte son vêtement (comme pour offrir la vie qu’on va bientôt lui enlever) et se met à laver les pieds de ses disciples.
Le lendemain il est nu sur la croix.
Nous voici transportés en ce lieu d’extrême dépouillement, d’extrême fragilité. Or c’est en ce lieu que se révèle en plénitude l’Agapé de Dieu, l’amour de Dieu. C’est en ce lieu que se joue d’après St Paul la réconciliation avec Dieu et la réconciliation des humains entre eux. C’est en ce lieu de nudité, sans pouvoir, sans domination possible que s’origine la communion.
La nudité de Pierre le rend participant de ce lieu là et nous fait signe, à nous aussi.
La confrontation à la mort d’un proche peut réveiller nos peurs et elle nous rappelle notre vulnérabilité. La croix du Christ nous dit que nos fragilités peuvent devenir le lieu de l’espérance, le lieu de l’accueil de l’autre / de l‘Autre (avec un petit et un grand A).
La voie chrétienne n’est point accumulation de mérites mais plutôt le dépouillement dans lequel l’accueil de ce qui nous est donné devient possible.

Je terminerai par le dialogue entre Jésus et Pierre. Jésus dit à Pierre : « m’aimes-tu vraiment ». Le verbe employé par Jésus correspond au nom Agapé déjà cité. Ce nom exprime l’amour dans la pureté du don de soi, l’amour tel que Jésus vient de le vivre en sa passion. Jésus attend beaucoup et de Pierre et de nous.
Pierre ose répondre oui mais il ne se sent pas à la hauteur. Il n’utilise pas le verbe correspondant à Agapé mais à un mot plus faible Philia (d’où vient notre français philanthropie) (2).
Jésus pose une deuxième fois la même question, avec les mêmes mots et Pierre répond de la même manière.
Mais la troisième fois, et je trouve cela très beau, Jésus repose la question en utilisant le même mot que Pierre, il se place à son niveau, à sa hauteur, Pierre répond de la même manière… et une troisième fois il s’entend confier le troupeau.

Je vois dans ce passage toute la saveur de la foi chrétienne. Extrêmement exigeante car le Seigneur attend beaucoup de nous et totalement miséricordieuse car le Seigneur vient dans notre fragilité pour y déposer sa grâce.
Puissions-nous dire avec Pierre, avec Michel : « Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ».

Père Bernard Boissezon

(1) Il n’est pas étonnant que Michel ait choisi un texte où il est question de repas !
(2) Il est difficile de rendre en Français cette différence de mots. La Traduction Liturgique dit “M’aimes-tu vraiment ?” quand il s’agit d’Agapé et simplement “M’aimes-tu ?” quand il s’agit de Philia. Il faut être vraiment attentif pour entendre la différence.

Témoignage de la famille
Michel BERTES, son départ pour l’éternité…
Notre Dame des Tables Montpellier, le 15 juillet 2022. Témoignage sur la vie de Michel.
J’ai souhaité parler de sa vie familiale et de ses amitiés, de ses liens avec les uns et les autres. Je me suis inspiré de nos nombreuses discussions et de son recueil sur sa famille.
Vous le savez Michel a été touché très jeune par la foi… Pouvait-il en être autrement ? Fils unique dans une famille très chrétienne, il va quotidiennement à la messe avec sa maman.
Cela ne l’empêche pas de grandir et de s’amuser dans Gigean, ce village qu’il aime. Comme tous les enfants, de découvrir les joies de la jeunesse notamment après les difficiles années de la guerre. Il sera d’ailleurs responsable quelques temps du comité des fêtes du village.
Dès son adolescence, il ressent un appel particulier, quelque chose qui parle à son cœur ! Ce sentiment il le retrouve à l’abbaye St Félix de Monceau sur les hauts de Gigean où jeune homme, il ira « y chercher le silence et essayer de trouver un sens à sa vie » émerveillé par la splendeur du paysage environnant, entouré de garrigue, des villages voisins, des vignes et des routes qui serpentent. Toute cette nature lui parle de Dieu ! Mais pas ce Dieu vieillard à barbe blanche disait-il, qui est souvent représenté dans nos églises ; avec un paradis pour les bons et un enfer pour les méchants, mais plutôt un esprit pur qui ne peut être représenté, auquel un écrivain Grégoire de Naziance s’adressait en ces termes : « O toi l’au-delà de tout, n’est-ce pas là tout ce que l’on peut dire de toi. »
A partir de ce moment-là, et il aimait l’exprimer en famille en ces termes : Dieu sera pour moi, comme l’air que je respire, que je ne vois pas, ne peux toucher mais sans lequel je ne serais pas vivant, je ne pourrais pas vivre !
Sa vocation commençait à s’affirmer, puis il y a eu sa rencontre avec les moines de l’abbaye d’En Calcat où il se ressourcera continuellement. Et c’est le 15 août 1949 à l’âge de 18 ans qu’il annoncera ses intentions d’entrer dans les ordres à ses parents ; sa mère Madeleine était heureuse et son père pleura car le nom des Bertes risquait de disparaître (il oubliait son neuve Alfred, mon père) enfin en bon chrétien, il accepta !
Sa vie sacerdotale s’est enclenchée naturellement : en octobre de la même année il entrait au séminaire des aînés à Toulouse puis 2 ans plus tard, au grand séminaire de Montpellier.
C’est de 53/54 qu’il n’échappa pas au service militaire. Nommé à l’état-major de Rabat, dans le service de l’intendance. Il en profita avec 3 autres séminaristes pour voyager et découvrir le Maroc.
Revenu en France, il continua ses années de séminariste correspondant à la licence de théologie, celles-ci furent interrompues par la guerre d’Algérie où il fut rappelé 7 mois en 1956 dans la ville de Aïn Témouchent où sous-officier, il avait la responsabilité de la comptabilité de son régiment.
Revenu en novembre de la même année, il ne put être prêtre en juin 1957 comme prévu, car monseigneur Duperray évêque de Montpellier était décédé en octobre ; l’ordination sacerdotale lui fut conférée le 19 mars 1958 par monseigneur Tourel et sa première messe eu lieu à Gigean le 23 mars.
Son premier poste fut donc vicaire à Bédarieux ; Son parcours vous a été présenté… lors de la lecture de son testament spirituel. Il a servi le christ toute sa vie, cet engagement fut pour lui une évidence ; Il aimait nous rappeler ces derniers temps, l’honneur que lui avait fait le pape François en le nommant ‘’missionnaire de la miséricorde’’
Nous voilà toutes et tous, proches, famille, amis, paroissiens, autour de Michel pour célébrer ce moment qu’il ne redoutait pas ! et qu’il avait préparé depuis déjà bien longtemps avec la rigueur du détail que nous lui connaissions.
Combien de fois avons-nous parlé de son départ pour l’au-delà. Michel voulait que ses funérailles se déroulent simplement dans la clarté de l’essentiel : ‘’de quel amour j’ai aimé tes demeures, seigneur ! ’’ psaume 83
Michel était un homme de convictions mais fonctionnait avec le cœur. Ses homélies, il les préparait avec minutie mais les présentait avec les paroles du cœur…
Michel appréciait, nous le savons tous, se retrouver en famille ou entre amis autour d’un repas. Il aimait partager les bons plats, il savait plus que tout autre mobiliser l’assistance sur un sujet d’actualité ou exposer un récit d’histoire puisqu’il en était féru, avec notamment des épisodes précis comme la création de l’abbaye de Gélone.
Il savait bien sûr nous parler de religion si nous lui demandions, employer les paraboles qui touchent, souvent celle de Marie-Madeleine à qui on ne jettera pas la première pierre ! Il évoquait la foi et son grand mystère.
Il savait aussi nous raconter l’histoire de nos familles : des Bertes, des Bartélémy, des Monnier ou Capelle, des Vidal, des Commeyras avec de superbes anecdotes. Ces derniers temps il nous a préparé un manuscrit faisant mémoire des BERTES et de Gigean, y rajoutant quelques souvenirs personnels. Nous savions aussi trouver Michel, dans les moments difficiles pour qu’il nous aide à nous orienter, à repartir sur un bon chemin, il savait apaiser les cœurs. Nous lui sommes reconnaissants pour son écoute et sa perspicacité.
Enfin, je voudrais souligner que la souffrance ces dernières années ne l’a pas épargné et qu’il a fait preuve de beaucoup de courage. La solitude lui pesait, même s’il savait que celle-ci était inéluctable et qu’il avait choisi cette vie de célibat ; la fraternité entre religieux n’a pas comblé ce manque ces derniers temps. Son ami Sébastien l’a considérablement aidé durant cette période, il lui en était très reconnaissant.
Une chose est sûre, Michel était prêt et j’en suis témoin à passer de l’autre côté : sur le chemin de l’éternité, Pour enfin savoir !!! disait-il…
Merci Michel pour ces moments merveilleux que nous avons partagé avec toi !
Au revoir Michel, avec toute notre affection !
Alain Bertes