À l’occasion du Jubilé des personnes détenues, la Conférence des Évêques de France lance un appel à l’ensemble des catholiques. Ce plaidoyer est à la fois un constat sans complaisance sur la situation de surpopulation carcérale en France et les conséquences alarmantes qui en résultent, au sein des établissements pénitentiaires comme au-delà de leurs murs.

C’est aussi une invitation adressée à l’ensemble des catholiques à porter un regard renouvelé sur les personnes détenues, sur leur dignité inaliénable, et alerter sur les dangers d’une société toujours plus fracturée qui renoncerait “à croire que chacun porte en lui le meilleur”.

Le 2 décembre 2025, le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, Mgr Denis Jachiet, président de la commission Dialogue et bien commun, Mgr Jean-Luc Brunin, référent pour l’aumônerie des prisons, et Bruno Lachnitt, aumônier général, ont publié dans un plaidoyer à l’occasion du jubilé des personnes détenues.

Le texte témoigne de leur préoccupation face à l’état du système pénitentiaire français et rappelle le cœur du message évangélique : la dignité inaliénable de toute personne humaine et l’appel à l’espérance.

Cette intervention repose sur plusieurs constats, notamment sur celui de la surpopulation carcérale, dégradant d’une part considérablement les conditions de vie des personnes incarcérées et compliquant terriblement d’autre part, le travail des personnels pénitentiaires, mettant en péril l’objectif de réinsertion des personnes condamnées tel qu’inscrit dans la loi.

Outre le coût élevé de l’incarcération pour la collectivité sur le plan financier, la CEF en souligne aussi le cout social.

En effet les conditions actuelles ne permettent pas aux détenus d’évoluer positivement durant le temps de leur incarcération.

La prison ne répondant plus à sa fonction d’outil de prévention de la récidive et de réinsertion sociale, alimente au contraire un sentiment de désespérance, d’humiliation, de violence, d’exclusion définitive : « Des prisons qui débordent sont des prisons qui détruisent, où l’on n’enferme pas seulement les personnes condamnées derrière des murs mais dans une déchéance désespérée, comme s’il n’y avait plus rien à attendre d’elles. Personne n’y a intérêt. »

Mais ce plaidoyer est également un appel à l’ensemble des catholiques et au-delà, à la société dans son ensemble, telle une invitation « à s’engager au service de l’espérance pour les détenus », à « cultiver la confiance et prendre soin de celles et ceux qui ont besoin d’être relevés ». Parce que nul ne peut être définitivement défini par les fautes qu’il a commises, la foi chrétienne ne peut s’accommoder d’une justice qui ne ferait que punir sans restaurer, d’une peine qui omettrait de prendre en compte le fait que « chacun porte en lui le meilleur ».

Ainsi, permettre à chacun d’accéder au meilleur de soi, quel que soit son parcours, ne peut être appréhendé comme une option facultative.

L’espérance ne déçoit pas.

Le message du pape François au cœur même de l’année jubilaire est relayé par les équipes des aumôniers de prisons.

En 2024, 760 aumôniers catholiques assuraient leur mission dans 190 établissements pénitentiaires abritant 77 880 personnes détenues. Leur mission s’inscrit dans l’héritage de saint Vincent de Paul, premier aumônier des galères nommé en 1619.
Ces aumôniers témoignent que derrière les murs des prisons, l’accompagnement spirituel relève, réconcilie et ouvre à l’espérance. Leurs missions ? Célébrer les sacrements, animer des groupes de réflexion biblique et visiter individuellement les détenus qui en font la demande. Leur présence permet aux personnes incarcérées de s’interroger sur le sens de leur vie et de leur peine mais aussi, de trouver une oreille attentive, un regard bienveillant, un temps de partage en dépit d’un contexte souvent marqué par la violence.

Bruno Lachnitt, aumônier général des prisons, souligne que la prison n’est pas un lieu favorable au retour sur soi. La mission de l’aumônerie permet ce questionnement essentiel pour amorcer un chemin de transformation.