Entre récit fondateur et vestige archéologique, la tour de Babel n’a jamais cessé d’interroger les croyants comme les historiens.
Les fouilles menées à Babylone n’ont à ce jour pas livré de réponse définitive. En revanche, elles ont mis au jour des indices factuels permettant à l’archéologie contemporaine de dessiner les contours d’un monument bien réel dont l’écho résonne au cœur du livre de la Genèse.
Etemenanki : la ziggurat de Babylone, meilleur candidat historique
Le onzième chapitre de la Genèse évoque une humanité unie dans un même projet démesuré : ériger, dans la plaine de Shinar (nom biblique de la Babylonie), une tour « dont le sommet pénètre les cieux ».
Pour les archéologues et les historiens, le récit de l’Ancien Testament semble aujourd’hui corroborer une réalité mésopotamienne bien documentée : la ziggurat d’Etemenanki, dont les ruines ont été mises à jour en 1913 par l’archéologue allemand Robert Koldewey.
En amont de cette identification, plusieurs éléments : les écrits d’Hérodote, plusieurs textes cunéiformes et la tablette de l’Esagil, document néo-babylonien dont une copie du IIIe siècle avant J.-C conservée au musée du Louvre décrit une base de 90 mètres de côté surplombée de sept étages. La stèle de Nabuchodonosor II, publiée au XXIe siècle et conservée à la collection Schøyen, en donne même une représentation iconographique, identifiant clairement l’édifice comme Etemenanki. Véritable pivot symbolique entre la terre et le ciel, elle revêtait, selon Andrew George, professeur émérite en civilisation babylonienne à la SOAS de l’université de Londres, « une dimension religieuse immense ».
Pour autant, l’enthousiasme archéologique doit, approche scientifique oblige, composer avec la rigueur des faits.
Dans les années 1990, des chercheurs ont mis au jour la « stèle de la tour de Babylone » exhumant ainsi une mine d’informations sur la ziggurat, dont les dessins ont permis de reconstituer une maquette réaliste du temple. Mais Andrew George lui-même tempère les conclusions qui pourraient s’imposer presque naturellement. « Les fouilles ont principalement mis au jour un trou dans le sol où se trouvaient autrefois les fondations en briques cuites », note-t-il. « Comme il ne reste que ce trou, sans aucune superstructure, nous ne disposons d’aucune preuve archéologique concrète concernant la structure, la forme du bâtiment. ». En effet, l’histoire mouvementée de l’édifice dont le site est aujourd’hui protégé par l’UNESCO, complique terriblement l’enquête et brouille les amorces de certitudes. Etemenanki a été détruite et reconstruite à plusieurs reprises au fil des siècles. Les pillages et le temps ont fait le reste, multipliant pour les archéologues, les embuches à déjouer et les mystères à résoudre.
L’archéologie ouvre une fenêtre sur le monde dans lequel le récit a pris forme.
Mais le livre de la Genèse n’est pas un rapport de fouilles : c’est une parole sur l’homme et sur Dieu.
Avec une troublante actualité, ce qu’il dit de l’orgueil humain, de la dispersion et de la grâce reste une invitation à s’interroger, indépendamment de l’épaisseur des murs retrouvés.
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