Parmi les objet liturgiques remarquables du dicocèse de Montpellier,  compte un objet d’une rare élégance : la crosse pastorale de Mgr Stanislas-François Jarlin, évêque lazariste qui gouverna le diocèse de Pékin pendant près de trente ans.

D’une longueur de 186 cm, cette pièce exceptionnelle fascine autant par sa facture artistique que par l’histoire missionnaire qu’elle incarne.

Ce qui frappe d’abord l’observateur, c’est la figure du dragon aux pattes griffues qui semble vouloir engloutir la hampe de la crosse.

Loin d’être anecdotique, ce motif oriental dialogue avec un décor d’émail d’une grande délicatesse : des fleurs finement peintes se dispersent sur un fond bleu lumineux, faisant de cet objet liturgique un témoignage unique du dialogue entre l’Occident catholique et la Chine impériale. La crosse a vraisemblablement été fabriquée aux alentours de 1905, année où Monseigneur Jarlin accède à la tête du diocèse de Pékin.

Né à Sète le 20 janvier 1856, Stanislas-François Jarlin entre à 28 ans dans la Congrégation de la Mission. Ordonné prêtre en 1889, il est envoyé comme vicaire dans le district de Paotingfu, en Chine du Nord. Homme de terrain infatigable, il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie missionnaire : vicaire général, puis évêque consacré le 29 avril 1900 en pleine révolte des Boxers. Il devient évêque de Pékin le 5 avril 1905 et occupe ce siège jusqu’à sa mort, le 27 janvier 1933.

Son épiscopat couvre une période particulièrement troublée, entre l’effondrement de l’empire Qing, la révolution républicaine et les premières avancées du mouvement nationaliste. Jarlin est un homme de terrain qui garde un contact étroit avec les postes missionnaires et s’implique directement dans les négociations diplomatiques avec les autorités chinoises, allant jusqu’à obtenir le titre de mandarin de deuxième ordre lors de tractations foncières décisives pour la mission.

Classée monument historique le 6 novembre 1992, la crosse pastorale de Monseigneur Jarlin a fait l’objet d’un récolement officiel fin 2025 à Saint-Pons-de-Thomières. Cette opération, conduite par la chargée du patrimoine mobilier du service patrimoine et CAOA de l’Hérault en collaboration avec le service de l’inventaire du patrimoine de la Région Occitanie, s’inscrit dans un programme de sauvegarde des objets protégés du territoire.

Cette crosse demeure le signe tangible d’une vocation missionnaire extraordinaire, portée à l’autre bout du monde, et désormais gardée précieusement dans le diocèse natal de celui qui fut, pendant trois décennies, l’évêque de Pékin.