Petite Maman

Réalisateur : Céline Sciamma

Date de sortie du film : 26 juin 2021

Durée : 1h 15 min

Genre: Drame

Nationalité : Française

Distribution : Joséphine Sanz, Gabrielle Sanz, Nina Meurisse

Avec Petite maman, Céline Sciamma parvient, une fois encore, à toucher juste, à toucher vrai, elle le fait avec une simplicité déroutante à travers ce nouveau film avec un décor minimaliste, une émotion brute à fleur de peau, peu de personnages, une durée courte.

Nelly a huit ans et elle est triste. Elle vient de perdre sa grand-mère maternelle et il y a le regret de ne pas avoir dit correctement adieu à la mamie. Nelly se rend avec ses parents dans la maison aujourd’hui fermée pour faire ce que les grands font dans les maisons des chers disparus : ranger, trier, jeter, et puis peut-être pleurer sur ce qui n’est plus.

Il y a la maison et ses recoins, et les bois environnants, cet espace de jeu et des jours heureux où l’on a passé, où l’on passe sans doute les plus beaux et les plus insouciants moments de sa vie. Nelly a envie de connaître ces souvenirs dont ses parents ne lui parlent pas. Mais c’est surtout ce bois d’à côté qui attire Nelly, le bois et toutes les promesses d’aventure qu’il raconte. Sa mère le lui a dit : dans ce bois, on peut construire de sublimes cabanes, celles dont on se souvient toute sa vie. Nelly part donc l’aventure dans le bois. Un matin la tristesse pousse la maman de

Nelly à partir . La petite fille reste avec son père et au cours de son exploration des bois, elle fait la connaissance d’une petite fille de son âge, Marion qui semble en réalité être sa mère, enfant…

Le film repose sur une idée simple : la rencontre et l’amitié entre une petite-fille et sa mère enfant. Petite maman nous plonge dans l’enfance, là où la joie simple et intense du jeu côtoie naturellement les blessures petites et grandes du cœur. Ce film insuffle un soupçon de magie et de fantastique et nous propose un voyage dans le temps. Ce voyage est un voyage intime où l’enjeu n’est ni le passé, ni le futur mais le temps partagé, un voyage sans machine et sans véhicule.

Quels enfants ont été nos parents ? Les comprendrions nous mieux si nous les avions connu à cette époque de leur vie ? C’est le thème de la transmission et du deuil qui sont au cœur de ce film, mais aussi la solitude des enfants uniques.

Petite Maman est un étonnant et admirable film qui ravive le merveilleux de l’enfance, qui parle de tristesse, de consolation, de séparation et de réunion, avec beaucoup de pudeur et de passion. Et comme dans tous les autres films de Céline Sciamma , il y a dans les yeux des enfants de ce récit cette joie et cette tristesse sourde mais lucide qui leur permettent de regarder la vie autrement.

Par la simplicité et l’authenticité de son propos et par son thème qu’est l’enfance, le film est tout à fait visible par des enfants à partir de 8 ans.

Vivement conseillé, à voir en famille

Philippe Cabrol
Chrétiens et Cultures

Les séminaristes

Réalisateur : Ivan Ostrochovsky

Date de sortie du film : 02 juin 2021

Durée : 1h 21 min

Genre: Drame

Nationalité : République Tchèque, Slovaquie

Distribution : Samuel Skyva, Samuel Polakovic, Vlad Ivanov

Une voiture se gare près d’un tunnel. Un corps sans vie est extrait du coffre par un homme qui reçoit des instructions d’un mystérieux correspondant. Le corps est jeté sans ménagement. Le noir et blanc de cette scène d’ouverture, digne d’un polar, nous plonge d’emblée dans un monde divisé, fracturé, où chacun se doit de choisir son camp.

Puis une phrase significative:« Jusqu’à nouvel ordre, j’instaure le silence. Il nous faut du silence pour atteindre nos âmes. » Ce silence imposé par un prêtre à un groupe de séminaristes domine déjà depuis le début du film.

Juraj et Michal, deux séminaristes arrivent à la faculté de théologie de Bratislava pour perfectionner leur formation. Tout les impressionne: les lieux, l’atmosphère, la qualité des enseignements, la vie en collectivité. Nous sommes dans la Tchécoslovaquie communiste du début des années 1980, période où le le pouvoir communiste phagocyte l’Église, considérée comme un foyer de contestation. Au séminaire, la police secrète est présente à travers le docteur Ivan. Juraj et Michal sont rapidement confrontés à un dilemme: se soumettre et collaborer avec le régime ou rester fidèles à leurs convictions au péril de leur vie.

Dès 1948, quand le parti communiste prend le pouvoir en Tchécoslovaquie, la police secrète persécute tous les prêtres s’opposant aux nouvelles règles imposées par le gouvernement. Afin de contrôler et de manipuler l’Église, le gouvernement crée en 1971Pacem in Terris, une organisation cléricale collaborationniste qu’il implante dans toutes les structures cléricales du pays. En réaction, une Église clandestine est créée, afin de préserver une spiritualité authentique. Des prêtres sont ordonnés en secret et organisent des messes clandestines.

Le réalisateur a choisi le format 4/3 et l’image en noir et blanc pour son film. Il explique que, quand il a cherché les décors, il a vite compris que l’univers d’une école de théologie se compose uniquement de blanc et de noir: les murs sont blancs et les soutanes sont noires, précise-t-il. Le 4/3 se justifie car le film est tourné dans des pièces avec de très hauts plafonds et ce format permet de mieux rendre justice aux lignes verticales écrit Ivan Ostrochovsky. De plus ce format accentue la sensation de claustrophobie et se coordonne parfaitement avec les plans fixes, les

plongées verticales sur la cour étroite où les séminaristes semblent coincés dans un lieu suggérant un climat de danger

Le noir et blanc s’accordent parfaitement à la psychologie des personnages, au sens des lieux, à l’ambivalence des situations, aux rares moments musicaux, et, associés à son cadre en 4/3, ils créent une esthétique particulière et une profondeur de réflexions.

Film vivement conseillé

Philippe Cabrol
Chrétiens et Cultures

Nomadland

Réalisateur : Chloé Zhao

Date de sortie du film : 09 juin 2021

Durée : 1h 48 min

Genre: Drame

Nationalité : Américaine

Distribution : Frances MCDormand, David Strathairn, Guy De Forest

Le cinéma de Chloé Zhao ne cesse de radiographier l’Amérique d’aujourd’hui, cinéma à la fois envoûté par un décor de légende et fasciné par des gueules cassées. Ce double regard que porte la réalisatrice d’origine chinoise sur son pays d’adoption fait le charme de ses films, mélange de rudesse et d’empathie. En filmant la route, elle s’inscrit encore une fois dans la mythologie que le cinéma a largement contribué à établir.

Fern et Bo vivaient dans un pavillon d’usine à Empire, Nevada. L’usine a fermé, Bo est décédé, la ville est devenue fantôme : maisons abandonnées, rues désertées. . Fern a tout perdu, elle n’a plus d’attaches. Il ne lui reste que son van, baptisé Vanguard, pour toit.

A la lecture de cette présentation du film, tout laisserait penser que Fern a tout perdu. Or, elle a au contraire gagné quelque chose : sa liberté. Fern décide de prendre la route à bord de son van et d’adopter une vie de nomade des temps modernes, en rupture avec les standards de la société actuelle. Elle circule de parking en camping, au gré des boulots qu’elle peut trouver. Elle rencontre des nomades qui incarnent ses camarades et mentors et l’accompagnent dans sa découverte des vastes étendues de l’Ouest américain. Nous sommes avec ce film au cœur de l’Amérique des laissés pour compte qui intéressent tant la réalisatrice.

Chloé Zhao allie une approche de réalisme social quasi documentaire et une sensibilité poétique. Son film Nomadland offre à la fois un portrait de microsociété, et un portrait de femme, extraordinaire.

Des phrases fortes et sages dans ce film, notons celle-ci où Fern confie à un moment: «Ce dont on se souvient vit. J’ai trop vécu en me souvenant.»

 

Depuis son Lion d’Or au Festival de Venise 2020, Nomadland cumule les prix, les éloges et les honneurs, notamment le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film en 2021, et ces récompenses sont méritées. Ce film est saisissant de poésie, de beauté, d’humanité…

Vivement conseillé

Philippe Cabrol
Chrétiens et Cultures