L’enfant rêvé

Réalisateur : Raphaël Jacoulot
Date de sortie : 7 octobre 2020
Durée : 1h 47min
Genre : Romance, drame
Nationalité : française
Distribution : Jalil Lespert, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey

Film à voir

Mariés depuis quinze ans, François et Noémie dirigent ensemble une scierie dans le Jura. Leur entente est parfaite, leur cadre de vie est idyllique, mais le couple souffre de ne pas avoir d’enfant. Après plusieurs tentatives de fécondation in vitro, Noémie, épuisée, envisage l’adoption malgré les réticences de son mari. François rêve d’un enfant à lui. C’est alors que François rencontre Patricia, venue s’installer dans la région avec sa famille. Commence une liaison secrète et passionnelle.

Ce film se déroule au cœur des forêts jurassiennes, autour d’une scierie, entreprise familiale depuis plusieurs générations. François, le fils, héritier de cette entreprise qu’il a été obligé de moderniser pour faire face à la crise économique. L’hérédité est fondamentale : il faut absolument transmettre le nom, l’entreprise, le patrimoine…François doit être père, et enfanter biologiquement. Il est rongé par les injonctions familiales et paternalistes, en effet il est le produit d’un système qui valorise à l’excès le masculin et la nécessité de la transmission comme seule valeur.

Le titre est très explicite : c’est une situation obsessionnelle : François ne pense qu’à une chose, avoir un bébé à lui. Nous sommes face à une figure d’homme replié sur lui-même, bouleversé, qui a un désir de paternité toxique, jusqu’à la folie.

La mise en scène retranscrit bien la montée de la tension chez François, personnage principal vacillant, basculant peu à peu dans la folie.

Philippe Cabrol
Chrétiens et Cultures

Yalda, la nuit du pardon

Réalisateur : Massoud Bakhshi
Date de sortie : 7 octobre 2020
Durée : 1h 29min
Genre : Drame, thriller
Nationalité : iranienne, française, allemande, suisse, luembourgeoise
Distribution : Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi

Film très vivement recommandé

Iran, de nos jours. Maryam, 22 ans, vient de passer 15 mois en prison après avoir tué accidentellement son mari et employeur Nasser, 65 ans, à la suite d’une dispute sur une grossesse dont il ne voulait pas. Maryam est condamnée à mort. Cependant elle sera graciée si la fille de la victime, Mona,  lui accorde son pardon lors d’une émission de téléréalité très populaire.  Il suffirait que Mona accepte de pardonner Maryam en direct devant des millions de spectateurs. En coulisse, Ayat, le responsable du programme et l’assistante de production surveillent l’audimat.

 Yalda veut dire « La grande naissance » en perse classique. Il s’agit d’une fête persane qui marque à la fois la plus longue nuit de l’année et le début de l’hiver nuit pendant laquelle un producteur peu scrupuleux va profiter de l’opportunité pour obtenir le pardon d’une femme à l’égard de celle qu’on accuse d’avoir tué son père. Le réalisateur nous prévient, dès l’ouverture du film, que son récit est tiré d’une émission iranienne véritable

  Le réalisateur  brosse un percutant pamphlet contre le monde du spectacle ainsi que la sujétion de la justice aux réseaux sociaux. Avec efficacité, il dénonce,  un voyeurisme et une exacerbation des émotions au nom d’une rentabilité à laquelle l’éthique et la morale sont désormais assujetties. Ballottée entre l’avidité de sa mère et de sa belle-sœur Mona, Maryam se révèle la seule vraie victime. « Attendre un verdict et subir une punition alors que l’on ne connaît pas sa faute et ses conséquences, c’est douloureux, je comprenais cette femme condamnée », explique Massoud Bakhshi.

Massoud Bakhshi oppose deux univers dans un pays en pleine transformation, encore hanté par le spectre du fondamentalisme religieux. Le réalisateur ne débat pas frontalement de la question des femmes en Iran. À travers le portrait de ces deux femmes aux origines sociales opposées, Massoud Bakhshi dresse le portrait d’une société iranienne, plus complexe qu’il n’y paraît, tiraillée entre tradition et modernité, religion et argent, émancipation silencieuse des femmes – elles sont majoritaires dans le studio de télévision – et soumission. Il questionne aussi  le droit pour les classes populaires à sortir de leur condition sociale et à faire valoir une parole libre. Le film aborde des sujets très complexes comme l’avortement, le mariage quasi forcé, et naturellement cette tradition du talion.

 Le premier plan du film révèle l’ambition du réalisateur : en filmant de nuit à Téhéran une tour immense et scintillante en forme d’antenne-relais au milieu de la fourmilière des automobiles, Massoud Bakhshi invite à voir dans son tribunal le cœur battant de la Perse contemporaine, révélateur des tensions qui la parcourent. 

Ce film a obtenu le Grand prix du jury au Festival de Sundance.

Philippe Cabrol
Chrétiens et Cultures