La sécularisation de la société française n’est plus une tendance à venir : elle est là, documentée et mesurable.
Face à ce constat, le théologien Michel Steinmetz, prêtre et directeur de l’Institut de Sciences Liturgiques de la Faculté de Théologie de Fribourg, appelle l’Église, dans les colonnes du journal La Croix, à ne pas se réfugier dans des formes héritées d’une époque révolue. Mgr Norbert Turini, archevêque de Montpellier, dans la deuxième déclinaison de sa lettre pastorale, nous montre que l’hospitalité est la réponse concrète et évangélique à ce défi.
Une sécularisation qui avance, des chiffres qui interpellent
Le nombre de baptêmes d’adultes augmente chaque année en France. Les médias s’en font échos. L’Eglise de France s’en réjouit. Mais le théologien Michel Steinmetz, dans un article publié sur La Croix, invite à regarder sans complaisance les chiffres dans leur globalité : cette hausse des catéchumènes est loin de compenser le déclin des baptêmes d’enfants. Le sociologue Yann Raison du Cleuziou le confirme : la sécularisation de l’Église catholique progresse, et les néophytes qui franchissent le pas, ne le font pas nécessairement à l’issue de la rencontre avec une pastorale missionnaire efficace.
Ce constat n’est pas un motif de découragement, mais une invitation à la lucidité. Une étude récente menée auprès de plus de 2 000 personnes confirme que la sécularisation de la société française se poursuit — et que l’Église catholique se trouve désormais dans une position minoritaire qui exige de repenser ses codes, son langage et son rapport au monde contemporain.
La lettre pastorale de Mgr Norbert Turini : l’hospitalité comme réponse
C’est dans ce contexte que l’archevêque de Montpellier, Mgr Norbert Turini, publie en janvier 2026 le deuxième focus de sa lettre pastorale, « De la fraternité reçue à l’hospitalité vécue : ouvrir nos portes, élargir nos cœurs ». Le texte s’inscrit dans un cycle pastoral annuel et constitue la réponse que l’évêque propose à l’Église locale face à la progression de la sécularisation.
Sa thèse est claire : l’Église ne peut pas répondre à un monde sécularisé en se repliant sur elle-même. L’hospitalité, telle qu’elle est présentée dans la lettre, n’est pas un simple geste d’accueil paroissial. C’est une posture évangélique fondamentale, enracinée dans la figure du Christ lui-même — qui s’invite chez les pécheurs, accueille la Samaritaine, admire la foi du centurion romain — et dans celle d’Abraham, qui reçoit trois étrangers sans savoir qu’il accueille Dieu.
Mgr Turini est explicite sur le risque qu’il veut éviter : celui d’une Église se transformant en « camp retranché », priorisant le repli identitaire à l’ouverture au monde. Ce risque, Steinmetz, le nomme aussi dans son article. Pour le théologien, une Église qui recourt à des formes liturgiques pré-conciliaires peut donner l’impression de vouloir restaurer une chrétienté révolue, plutôt que d’affronter les temps nouveaux avec audace.
L’archevêque souligne que les néophytes — ces nouveaux baptisés souvent jeunes, aux parcours atypiques — sont un don pour l’Église, à condition que celle-ci sache les accueillir vraiment. Un néophyte qui ne fait pas l’expérience d’une hospitalité fraternelle et paroissiale quitte l’Église en deux à trois ans. L’accueil de ces nouveaux chrétiens est donc, selon lui, une priorité diocésaine qui ne doit pas négliger une dimension essentielle : l’hospitalité du cœur. Car il ne s’agit pas seulement d’organiser des temps d’accueil ou de restructurer les paroisses. Il s’agit, pour chaque baptisé, d’adopter une attitude intérieure d’ouverture, de se laisser déranger, de sortir de sa zone de confort, de s’affranchir de la peur de l’inconnu pour pouvoir enfin, reconnaître dans le visage de l’autre, celui du Christ.
L’Évangile, rappelle Mgr Turini, ne demande pas d’aimer une idée ou une cause, mais une personne “souvent fragile, dérangeante, parfois blessée mais toujours habitée d’une dignité que Dieu a déposé en elle“.
Steinmetz conclut son article en reprenant la parole de Jésus : « À vin nouveau, outres neuves » (Mt 9,17). Ce que les deux textes — l’article du théologien et la lettre de l’archevêque — disent ensemble, c’est que la sécularisation n’est pas une catastrophe à conjurer, mais une réalité à lire avec discernement. Elle redessine les frontières entre l’Église et la société, et oblige les catholiques à clarifier ce qui fonde leur engagement.
La lettre de Mgr Turini propose une voie : non pas le repli, non pas la nostalgie d’une chrétienté perdue, mais l’hospitalité vécue comme chemin de conversion personnelle et communautaire. Une Église de Pentecôte, qui vit portes ouvertes, qui se décentre, et qui parle la langue universelle de la foi, de la fraternité, de l’amour et du cœur.
De la fraternité reçue à l’hospitalité vécue – Présentation vidéo
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