Nichées dans les vallons sauvages de l’arrière-pays provençal, trois abbayes médiévales forment un ensemble unique en Europe : les “Trois Sœurs cisterciennes” de Provence.

Du 2 au 5 juin 2026, le service diocésain des pèlerinages du diocèse de Montpellier propose un pèlerinage exceptionnel à la rencontre de Sénanque, Silvacane et Le Thoronet. Avant le départ, voici ce qui vous attend.

Naissance d’un idéal : l’ordre cistercien et ses racines provençales

À la fin du XIe siècle, le monde monastique est dominé par la puissante abbaye de Cluny et ses quelque 1 200 maisons dispersées à travers l’Europe.

Les moines clunisiens, enrichis et influents, s’éloignent progressivement de la sobriété évangélique : leurs églises rivalisent de grandeur, leurs tables s’abondent, et leurs intérêts politiques prennent le dessus sur la vie spirituelle.

C’est en réaction à cette dérive qu’un groupe de moines fonde, en 1098, une abbaye réformée à Cîteaux, en Bourgogne. L’ordre cistercien est né. Il prône un retour strict à la Règle de saint Benoît : pauvreté, travail manuel, prière et silence.

Longtemps discret, il connaît un essor foudroyant grâce au charisme de saint Bernard de Clairvaux, figure tutélaire du mouvement, qui insuffle à ses frères une vision à la fois spirituelle et sociale : faire des frères convers — issus du peuple — des hommes libres, à part entière dans la communauté monastique.

En Provence, les Cisterciens établissent trois fondations qui s’imposent comme les joyaux de cet art de vivre monastique : Le Thoronet (fondée vers 1160), Silvacane (1144) et Sénanque (1148). Trois abbayes que la tradition baptisera affectueusement les “Trois Sœurs provençales“.

Sénanque : la lavande et la prière

Bâtie en 1148 dans une vallée encaissée près de Gordes, au cœur du Parc naturel régional du Luberon, l’abbaye de Sénanque est cernée de champs de lavande et de collines boisées.

Elle est la seule des trois à abriter encore une communauté religieuse active : des moines y vivent toute l’année, partageant leur temps entre l’office divin et le travail.

Une contrainte géographique y a d’ailleurs dicté une singularité architecturale : serrée dans le canyon de la Sénancole, l’église abbatiale n’est pas orientée vers l’est comme le veut la tradition cistercienne, mais vers le nord — detail révélateur de la primauté du lieu sur la règle.

Le Thoronet : la perfection du dépouillement

Édifiée entre 1160 et 1230 dans le Var, l’abbaye du Thoronet est considérée comme la “merveille” des abbayes cisterciennes de Provence.

Sa pureté et la simplicité de ses volumes ont inspiré des générations d’architectes, jusqu’à Le Corbusier lui-même, qui visite les lieux en 1953.

L’acoustique y est prodigieuse : le son y résonne pendant quatorze secondes, faisant de chaque chant grégorien une expérience mystique à part entière.

Silvacane : la sobre majesté des bords de Durance

Fondée en 1144 sur un terrain marécageux en bordure de la Durance, son nom évoque la “silva cana”, la forêt de roseaux qui occupait autrefois le site.

Avec ses lignes d’expression essentiellement romane, la pureté de ses proportions en font un lieu de sérénité et de lumière.

Seule des trois à ne plus accueillir de vie religieuse, elle est aujourd’hui gérée par le Centre des monuments nationaux et propose, tout au long de l’année, concerts, expositions et visites commentées

Un pèlerinage pour vivre l’esprit cistercien de l’intérieur

Visiter ces trois abbayes en touriste, c’est déjà une expérience marquante. Les parcourir en pèlerin, c’est tout autre chose. Du 2 au 5 juin 2026, le service diocésain des pèlerinages du diocèse de Montpellier (Pèle34) propose un pèlerinage de quatre jours à la rencontre des Trois Sœurs cisterciennes. Au programme : visites guidées, temps de prière, méditations sur place, célébrations eucharistiques et partage en communauté — une immersion spirituelle et culturelle unique dans ce patrimoine roman exceptionnel.

Ce pèlerinage s’adresse à tous ceux qui souhaitent dépasser la simple visite patrimoniale pour laisser ces lieux travailler en eux : leur silence, leur pierre dorée, la lumière filtrée par les oculi, le chant qui se prolonge dans les voûtes. Comme l’écrivait l’historien Philippe Reyt, « restent trois abbayes magnifiques, et comme un étrange sentiment de plénitude, bercé par le dernier écho des mélodies cisterciennes. »

Contact :

pelerinages@diocese34.fr – 04 67 55 06 14