Du 13 au 15 avril 2026, le pape Léon XIV a effectué la toute première visite d’un souverain pontife en Algérie. Entre Alger et Annaba — l’antique Hippone — ce déplacement apostolique revêt une dimension à la fois historique et profondément personnelle : Léon XIV, fils spirituel de saint Augustin, marche sur les terres qui ont vu naître et mourir le plus célèbre penseur du christianisme africain. Un voyage placé sous le signe de la paix, du pardon et de la fraternité entre les peuples.
Lors de son tout premier discours depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, Léon XIV s’était présenté comme « un fils de saint Augustin », en référence à l’ordre religieux dont il est issu, fondé au XIIIe siècle sur des préceptes de vie commune et de partage. Ce lien spirituel irrigue l’ensemble de son pontificat. À bord de l’avion qui le conduisait vers Alger, le pape a confié aux journalistes que ce voyage africain est « un voyage spécial, le premier qu’il souhaitait faire », et « une occasion très importante de promouvoir la réconciliation et le respect des peuples ».
Saint Augustin, l’un des plus grands penseurs du christianisme, est né en 354 dans la ville antique de Tagaste — aujourd’hui Souk Ahras — à environ 100 km au sud d’Annaba. Il devient en 395 évêque d’Hippone, l’actuelle Annaba, y rédige ses Confessions et y meurt en 430. La devise retenue par le pape pour sa visite en Algérie résume l’esprit du voyage : « La paix soit avec vous ».
Au Mémorial des Martyrs : un appel au pardon
Dès son arrivée à Alger le 13 avril, Léon XIV s’est rendu au Monument des Martyrs, le Maqam Echahid, inauguré en 1982 à l’occasion du vingtième anniversaire de l’indépendance algérienne. Et c’est depuis l’esplanade chargée d’histoire que le pape a déclaré : « Je sais combien il est difficile de pardonner. Cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier à travers le monde, nous ne pouvons pas accumuler les ressentiments, de génération en génération. »
Reçu ensuite par le président Abdelmadjid Tebboune au palais présidentiel, il a pris la parole devant environ 1 400 représentants des autorités politiques, diplomatiques et civiles réunies au Centre de conférences Djamaa el Djazair. Se présentant comme « pèlerin de paix » le souverain pontife a ainsi réaffirmé son message de paix et de fraternité : « Nous sommes frères et sœurs, car nous avons le même Père dans les cieux. »
Grande Mosquée et Notre-Dame d’Afrique : deux lieux, un même message
Dans l’après-midi, le pape s’est rendu à la Grande Mosquée d’Alger — troisième mosquée au monde par sa capacité après La Mecque et Médine, dotée du minaret le plus haut du monde culminant à 267 mètres. Puis il a rejoint la basilique Notre-Dame d’Afrique pour une rencontre avec la communauté catholique algérienne. Devant les fidèles rassemblés, chrétiens et musulmans mêlés, le pape a encouragé l’Église locale à être un signe de fraternité : « Dans un monde où les divisions et les guerres sèment la douleur et la mort, votre vie unie et en paix est un signe fort. »
Il a rendu hommage aux 19 religieux et religieuses martyrs d’Algérie, « qui ont choisi d’être aux côtés de ce peuple dans ses joies et dans ses peines », citant notamment les paroles du frère Luc de Tibhirine qui, face au danger, répondait simplement : « Je veux rester avec eux. »
Hippone et la basilique Saint-Augustin
Le 14 avril, le pape s’est rendu à Annaba où il a visité le site archéologique de l’ancienne Hippone, avant de célébrer la messe à 15h30 dans la basilique Saint-Augustin, prononçant une homélie du lieu même où saint Augustin fut évêque durant plus de trente-cinq ans.
Depuis le Mémorial des Martyrs, il avait déjà rendu grâce à Dieu pour la possibilité de visiter l’Algérie « en tant que successeur de l’apôtre Pierre, après l’avoir déjà fait à deux reprises en tant que fils spirituel de saint Augustin ». Pour le père Fred Wekesa, recteur de la basilique d’Annaba, cette venue porte « un message d’encouragement et de solidarité » envers une communauté qu’il décrit comme un « petit troupeau », minoritaire mais non oublié.
Dans son discours à Notre-Dame d’Afrique, le Saint Père a décrit l’Église d’Algérie comme une Église « mosaïque », composée de plusieurs dizaines de nationalités, réunissant des catholiques d’Afrique du Nord, du Sahara et d’Afrique subsaharienne, et vivant « un œcuménisme très concret et très naturel ». Il a en outre rappelé que dans ce pays où le désert occupe une grande partie du territoire, « on ne survit pas seul dans le désert » et que « nous avons besoin les uns des autres, et nous avons besoin de Dieu ».
Au regard de l’importance de ses difficultés économiques, sociales et à aux défis diplomatiques non moins conséquents auxquels l’Algérie se trouve aujourd’hui confrontée, cette première visite d’un souverain pontife sur ses terres, apparait comme un pont tangible vers l’extérieur.
Ce séjour en Algérie constitue la première étape d’une tournée africaine de onze jours qui conduira Léon XIV au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale, jusqu’au 23 avril 2026.


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